« Nommer la puissance discrète de la médiation. Contribution à une économie politique du travail des médiateurs » par Françoise Housty, Directrice du DU de Médiation UTCapitole et du DEMF INKIPIT Toulouse- Médiatrice- Présidente D’Accord Médiation


A peine le congrès de la FFCM des 11 et 12 juin à Marseille, consacré à l’économie de la médiation, était-il clôturé que les messages reçus disaient, avec une gratitude partagée, l’intensité d’un moment collectif. Ils saluaient l’architecture exigeante du programme, la qualité des interventions, la justesse du thème et la nécessité d’ouvrir enfin une question longtemps demeurée inconfortable : celle de la valeur économique de la médiation.

Une question pourtant demeurait, plus insistante encore que les remerciements : qu’avions-nous aperçu de la médiation que nous ne savions pas encore tout à fait dire ?

Avant d’être une profession à faire reconnaître, la médiation est peut-être une puissance à comprendre : non pas une puissance qui conduit les personnes, mais une puissance qui les rend à leur capacité de choisir, de se différencier sans se nier, de tenir un désaccord sans se laisser dévorer par le conflit. Encore faut-il pouvoir dire cette puissance. Car ce qui agit sans s’imposer, ce qui transforme sans prendre la place, ce qui rend possible sans se déclarer propriétaire de l’issue, demeure facilement invisible. La difficulté de reconnaissance tient précisément à cette discrétion même : la médiation ne manque pas seulement de place ; elle manque encore d’un langage suffisamment précis pour rendre lisible ce qu’elle transforme. Or un travail mal nommé demeure un travail mal évalué  et, presque toujours, mal rémunéré.

L’économie de la médiation commence dans cet effort. Non dans la seule question du tarif, du marché ou du statut, mais dans la tentative de rendre lisible un travail encore trop souvent défini par soustraction : éviter le procès, prévenir l’escalade, réduire les délais, désengorger les juridictions, contenir les coûts. Tout cela compte, bien sûr. Mais tout cela ne suffit pas.

Car ce que le conflit appauvrit d’abord, ce n’est pas seulement la relation ; c’est le possible. Il rétrécit les issues imaginables, durcit les places, enferme les récits, jusqu’à ne plus laisser parfois que trois voies pauvres : subir, attaquer ou partir. La médiation trouve là sa puissance discrète : elle ne décide pas de l’issue, mais rouvre assez d’espace pour que les personnes puissent à nouveau choisir ce qu’elles feront du conflit.

Cette hypothèse déplace la question économique ; loin de l’adoucir, elle la rend plus exigeante encore. Si la médiation est seulement pensée comme une économie du moins – moins de procès, moins de délais, moins de coûts – elle restera cantonnée à une fonction auxiliaire, utile certes, mais secondaire : recommandée, mais tardivement, louée, mais rarement financée à la hauteur de ce qu’elle engage.

La question se déplace alors en qu’est-ce qui se crée dans une médiation lorsque le conflit cesse, même provisoirement, de réduire le champ du possible ? Quelle valeur attribuer à un travail qui ne produit pas toujours un accord, mais qui peut rendre de nouveau praticables la parole, le choix, la différence, la décision ou la séparation ? Et comment faire reconnaître économiquement une activité dont les effets les plus décisifs sont souvent les moins immédiatement visibles ?

L’article suivra cette ligne : montrer d’abord les limites d’une justification de la médiation par l’économie du moins ; interroger ensuite ce que le conflit confisque du possible ; revenir au travail concret du médiateur, à cette retenue opérante qui ne s’approprie pas ce qu’elle rend possible ; poser enfin les conditions d’une reconnaissance économique capable de rendre visible sans réduire.

I. Les limites d’une économie du moins

La première manière de défendre la médiation consiste souvent à dire ce qu’elle permet d’éviter : moins de procès, de délais, de coûts, d’escalade, de ruptures irréversibles ou d’encombrement pour les juridictions. Cette justification n’est ni fausse ni secondaire. Elle parle le langage des institutions, des entreprises, des assureurs, des magistrats et des décideurs. Elle inscrit la médiation dans une rationalité économique immédiatement intelligible : celle des coûts du conflit, de la procédure et, plus largement, d’une conflictualité laissée à elle-même.

Depuis Ronald Coase, l’économie du droit a montré combien les coûts de transaction pèsent sur la capacité des acteurs à négocier, à coordonner leurs intérêts et à traiter les effets de leurs décisions (Coase, 1960). Appliquée avec prudence à la médiation, cette intuition demeure féconde. Un conflit ne se réduit jamais à son objet apparent : il consomme du temps, de l’attention, de l’énergie, de la confiance et de la capacité de décision. Il mobilise des conseils, des procédures et des institutions, tout en immobilisant des ressources humaines, symboliques et économiques souvent très supérieures à l’enjeu initial.

La médiation possède donc une rationalité économique évidente. Elle peut réduire certains coûts de coordination et permettre aux personnes ou aux organisations de reprendre la main avant que le différend ne s’installe dans une logique contentieuse longue, coûteuse et disproportionnée. Elle peut empêcher qu’un désaccord limité ne devienne une affaire totale, dans laquelle l’objet premier disparaît derrière l’affrontement lui-même.

Mais cette justification rencontre une limite décisive. A définir la médiation seulement par ce qu’elle épargne, on en fait une économie de l’évitement, là où il faudrait penser une économie de la transformation.

Pensée à partir du « moins » (moins de temps, de frais, d’usure, de risques et de dommages), la médiation demeure utile en position seconde : auxiliaire du système judiciaire, variable d’ajustement des organisations, instrument de fluidification des conflits devenus trop coûteux. Elle acquiert ainsi une intelligibilité institutionnelle immédiate, mais au risque d’une réduction instrumentale de sa portée et d’un effacement de ce qu’elle engage socialement et politiquement.

Car le conflit n’est pas seulement une charge à diminuer. Il possède une dynamique propre : il naît, se formule, se déplace, se durcit, change parfois d’objet, d’acteurs ou de scène. Les travaux de William Felstiner, Richard Abel et Austin Sarat sur la transformation des différends — nommer, imputer, réclamer, naming, blaming, claiming — ont montré qu’un litige n’existe pas d’emblée sous une forme constituée. Une expérience doit d’abord être qualifiée comme un tort, attribuée à une responsabilité, puis transformée en réclamation adressée (Felstiner, Abel et Sarat, 1980-1981).

Le conflit n’est donc pas seulement un coût : il est aussi une construction progressive du sens, de la responsabilité et de la demande. Avant même d’être saisi par la procédure, il travaille les récits, les places, les attentes et les possibilités d’adresse. La médiation intervient précisément dans cette zone mouvante où ce qui est vécu cherche encore sa forme, son destinataire et son avenir.

Réduire son économie à ce qu’elle évite ( un contentieux, un délai, une dépense ou une rupture), revient alors à manquer ce qu’elle travaille. La qualité du processus, la satisfaction des parties ou l’apaisement de l’échange sont des critères utiles, mais ils ne suffisent pas davantage à caractériser le mode singulier de production de valeur engagé par la médiation.

Les conséquences de cette réduction sont très concrètes. Pensée comme outil d’économie, la médiation sera prescrite lorsque les coûts seront déjà manifestes. Pensée comme instrument de désengorgement, elle sera évaluée à sa capacité d’absorber des flux. Pensée comme prestation relationnelle, elle sera rémunérée comme un temps d’écoute ou d’apaisement, et non comme un travail de transformation du conflit. Dans chaque cas, elle gagne en visibilité, mais sa valeur propre demeure méconnue.

Jacques Faget a souligné cette ambivalence dans « L’impensé de la médiation : contre-culture ou soft power ? » (2008). Les pratiques de médiation peuvent porter des principes susceptibles de déplacer les jeux institutionnels ; elles peuvent aussi renforcer, sous des formes plus douces, la légitimité des institutions existantes. Une médiation reconnue seulement parce qu’elle fluidifie, apaise ou désengorge risque ainsi de devenir l’instrument discret de ce qu’elle devrait également pouvoir interroger.

L’économie du moins ne doit donc pas être rejetée. Elle constitue une porte d’entrée utile, parfois indispensable, pour parler aux institutions et aux décideurs la langue du coût, du risque et de l’efficacité. Mais elle ne saurait former le cœur d’une économie de la médiation.

La question n’est pas seulement de savoir ce que le conflit coûte, mais ce qu’il empêche : la parole, le choix, la confiance minimale, la capacité de se différencier et, parfois, la possibilité même d’imaginer une issue autre que subir, attaquer ou partir.

La médiation vaut davantage que ce qu’elle évite. Elle vaut par ce qu’elle rend à nouveau praticable, avant que la rupture, le procès ou le retrait ne deviennent les seules issues disponibles.

II. Le possible confisqué

Si la médiation vaut davantage que ce qu’elle évite, encore faut-il dire ce que le conflit empêche. Celui-ci ne se contente pas d’altérer une relation, d’augmenter des coûts ou de dégrader une situation. Il confisque peu à peu une part du possible : il appauvrit les issues imaginables, resserre les récits et rigidifie les places. Ce qui pouvait être discuté devient accusation ; ce qui pouvait être ajusté devient preuve de mauvaise foi ; ce qui pouvait encore être distingué se trouve absorbé dans une lecture unique, saturée par la défiance et la colère.

Le conflit n’empêche pas seulement de s’entendre. Il empêche souvent de penser autrement.

Cette dimension est décisive pour comprendre l’économie propre de la médiation. Mesurer seulement le coût du conflit permet de voir ce qu’il consomme, mais non ce qu’il retranche : une marge de choix, une liberté de parole, une capacité de nuance, parfois même la possibilité d’imaginer une issue qui ne soit ni la soumission, ni l’affrontement, ni le retrait.

Les travaux d’Amartya Sen sur les capabilités offrent ici un appui précieux. Sen invite à ne pas évaluer les situations humaines seulement à partir des ressources disponibles ou des résultats obtenus, mais à considérer les libertés réelles dont disposent les personnes : ce qu’elles sont effectivement en mesure de choisir, de poursuivre, de refuser ou de transformer (Sen, 1993 ; 1999).

La médiation n’est évidemment pas une application de la théorie des capabilités. Mais cette référence permet de nommer ce que l’expérience des médiateurs donne souvent à voir : le conflit devient particulièrement pauvre lorsqu’il ne laisse plus que des choix appauvris. Subir ou rompre. Se taire ou attaquer. Céder ou judiciariser. Sauver la face ou perdre la relation. Tenir sa position ou disparaître.

La médiation travaille précisément cette pauvreté du possible.

Elle ne promet ni une issue heureuse, ni le maintien de toute relation, ni la transformation de tout désaccord en harmonie. Elle ouvre plus modestement — et plus sérieusement — un espace dans lequel les personnes peuvent éprouver qu’elles ne sont pas condamnées à être conduites par le conflit. Non parce que le médiateur choisirait pour elles, mais parce que le cadre rend à nouveau praticables des opérations devenues presque impossibles : distinguer, formuler, entendre, refuser, proposer, décider ou se séparer.

L’économie de la médiation change alors de nature. Elle ne porte plus seulement sur l’alternative entre un procès coûteux et une solution moins onéreuse, mais sur la valeur d’un espace où une capacité d’agir peut être retrouvée. Celle-ci n’est pas un supplément psychologique. Elle produit des effets sociaux, économiques et politiques. Une personne ou une organisation qui retrouve une marge de choix ne subit plus le conflit de la même manière. Elle peut consentir, refuser, négocier, renoncer ou partir avec davantage de discernement, même lorsque la décision demeure difficile.

La distinction proposée par Albert O. Hirschman entre défection et prise de parole éclaire ce déplacement. Dans Exit, Voice, and Loyalty, Hirschman distingue la sortie — le retrait ou la défection — de la voix, c’est-à-dire l’effort pour adresser une critique, une demande ou une objection afin d’agir sur la situation (Hirschman, 1970). Transposée avec prudence à la médiation, cette distinction donne toute sa portée à la formule : avant la rupture, la voix.

La médiation ne s’oppose pas à la rupture par principe. Certaines séparations protègent ; certains retraits sont plus justes que le maintien forcé d’un lien devenu destructeur. Mais elle ouvre un temps avant que la rupture ne s’impose comme la seule issue intelligible. Elle permet que quelque chose soit adressé avant d’être quitté, formulé avant d’être judiciarisé, entendu avant d’être définitivement imputé. Elle ne retient pas les personnes ; elle leur permet de ne pas partir, rester, céder ou combattre sans avoir pu reprendre ce qu’elles avaient encore à dire et à décider.

La voix, en médiation, ne se réduit pourtant pas à l’expression. Les conflits sont souvent saturés de paroles : messages, accusations, récits concurrents, silences et phrases répétées jusqu’à l’usure. Ce qui manque n’est pas nécessairement la parole, mais une parole capable de produire autre chose que sa propre répétition : suffisamment dégagée de l’attaque pour devenir adressable, suffisamment tenue pour être entendue, suffisamment située pour permettre à celui qui parle de ne pas s’y perdre.

Cette voix a une valeur. Elle permet de passer d’une conflictualité qui enferme à une conflictualité qui peut être reprise. Elle ne supprime pas la différence, mais peut la rendre moins destructrice. Elle ne transforme pas nécessairement le désaccord en accord, mais peut faire du désaccord une réalité soutenable, avec laquelle les personnes peuvent de nouveau agir.

L’économie de la médiation doit pouvoir rendre cette valeur visible. Non pour embellir le métier, mais pour dire ce que l’économie du moins laisse dans l’ombre : la médiation n’est pas seulement utile parce qu’elle évite des coûts ; elle est précieuse lorsqu’elle rouvre des capacités de parole, de choix, de différenciation et de décision.

Ce possible rouvert n’est pas toujours spectaculaire. Il peut tenir à un déplacement infime : une phrase qui cesse d’être une arme, une demande qui se précise, une responsabilité qui n’est plus entièrement projetée sur l’autre, une séparation qui devient pensable sans destruction, une décision qui n’est plus seulement dictée par la peur ou la colère.

Ces déplacements échappent souvent aux indicateurs ordinaires. Ils n’en sont pas moins décisifs. Une famille, une organisation, une institution ou une société ne tiennent pas seulement par leurs règles et leurs décisions, mais aussi par les espaces qu’elles préservent pour que le conflit puisse être repris avant d’avoir réduit toutes les issues à la fuite, au silence ou à l’affrontement.

L’économie de la médiation devient ainsi une économie du possible : non pas l’économie naïve d’un accord toujours souhaitable, mais celle, plus exigeante, d’un travail qui rend à nouveau praticable ce que le conflit avait rendu inaccessible. Reste alors à comprendre par quel travail précis le médiateur soutient cette réouverture sans se substituer aux personnes ni s’approprier ce qui advient.

III. Une puissance sans hubris : la retenue opérante du médiateur

Si le conflit confisque du possible, la médiation ne le rouvre ni par magie ni par la seule vertu du dialogue. Elle y parvient, lorsque les conditions sont réunies, par un travail professionnel précis, difficile à décrire parce qu’il agit moins par prise que par tenue.

Le médiateur n’ajoute pas une volonté à celles qui s’affrontent. Il ne prend pas la parole à la place des personnes, ne décide pas ce qui serait bon pour elles et ne les conduit pas vers une issue qu’il aurait reconnue avant elles. Il soutient les conditions dans lesquelles elles peuvent reprendre elles-mêmes une part de parole, de choix et de décision.

Parler de puissance à propos de la médiation peut surprendre. Le mot paraît presque excessif pour une pratique qui se définit ordinairement par le retrait du tiers, la confidentialité, l’impartialité, le consentement des personnes et leur liberté de décision. Il l’est davantage encore dans un champ qui a souvent voulu se distinguer des formes instituées de l’autorité : le juge tranche, l’expert éclaire, le conseil recommande ; le médiateur, lui, ne décide pas.

Refuser ce mot conduirait pourtant à manquer une part essentielle de la médiation. Sa puissance ne tient ni à une autorité de commandement, ni à une capacité de contrainte, ni à un pouvoir de surplomb. Elle ne s’exerce pas sur les personnes. Elle se déploie entre elles, dans cet espace fragile où une parole peut redevenir adressable, où une différence peut cesser d’être immédiatement vécue comme une menace, où une décision peut être reprise sans être entièrement dictée par la peur, la colère ou l’épuisement.

Cette puissance est sans hubris. Elle ne grandit pas le médiateur ; elle l’oblige. Le tiers ne vient ni sauver, ni réparer, ni réconcilier par principe. Il ne convertit pas le conflit en paix ni le désaccord en consensus. Il travaille plus sobrement à ce que le conflit ne soit pas le seul à organiser la scène.

Une demande peut alors se préciser. Une responsabilité peut cesser d’être entièrement projetée sur l’autre. Une décision peut être reprise. Une séparation peut devenir pensable sans destruction. Un accord peut apparaître, non comme une injonction à s’entendre, mais comme une issue que les personnes reconnaissent comme leur appartenant.

La distinction proposée par Hannah Arendt entre pouvoir et violence éclaire cette nuance. Dans Du mensonge à la violence l’auteure rappelle que le pouvoir ne se confond ni avec la domination ni avec la contrainte ; il renvoie à une capacité d’agir de façon concertée (Arendt, 1972).

La médiation n’est évidemment pas une scène politique au sens arendtien. Mais cette distinction permet de penser une puissance qui ne consiste ni à obtenir l’obéissance ni à imposer une direction. Elle tient à la possibilité de refaire exister, entre les personnes, un espace minimal d’action, que l’issue soit un accord, une décision ou une séparation.

La puissance de la médiation est donc indissociable d’une retenue. Le médiateur tient un cadre, mais il ne le tient pas comme une frontière rigide. Il veille à ce que chacun puisse parler sans être aussitôt reconduit à la place que le conflit lui assigne. Il protège le processus sans l’alourdir. Il intervient sans occuper la scène. Il clarifie sans enfermer. Il relance sans pousser. Il accueille le désaccord sans le dramatiser, mais sans le dissoudre dans une harmonie de façade.

Toute la difficulté de ce travail se tient dans cette retenue opérante : agir sans s’approprier, soutenir sans conduire, rendre possible sans devenir propriétaire de ce qui advient.

Dire que la médiation restitue du pouvoir d’agir ne signifie donc pas que le médiateur distribuerait ce pouvoir comme une ressource dont il serait le détenteur. Il ne donne pas la parole ; il travaille les conditions dans lesquelles une parole peut être reprise. Il ne fabrique pas l’autodétermination ; il veille à ce que le processus ne la confisque pas. Il ne produit pas l’émancipation ; il évite, autant que possible, que la médiation reconduise la dépossession déjà à l’œuvre dans le conflit.

Les approches transformatives de la médiation ont utilement insisté sur cette dimension. Dans The Promise of Mediation, Robert A. Baruch Bush et Joseph P. Folger ont proposé de penser la médiation non seulement à partir de la résolution du problème, mais à partir d’un double mouvement de pouvoir d’agir et de reconnaissance : permettre aux personnes de retrouver une plus grande clarté sur leurs choix et une plus grande capacité à percevoir l’autre dans la situation conflictuelle (Bush et Folger, 1994).

Sans réduire toute médiation au modèle transformatif, cette approche éclaire une intuition essentielle : la médiation vaut lorsqu’elle ne confisque pas aux personnes la puissance de déterminer ce qu’elles feront du conflit.

Cette compétence reste pourtant mal nommée. On parle d’écoute, de reformulation, de neutralité ou d’apaisement. Ces mots sont nécessaires ; ils appartiennent au métier. Mais ils ne disent pas encore l’épaisseur du travail accompli lorsque le conflit a fermé les issues imaginables.

Écouter, en médiation, ce n’est pas seulement recevoir une parole ; c’est rendre possible une écoute là où chacun croit déjà savoir ce que l’autre va dire. Reformuler n’est pas répéter autrement ; c’est parfois déplacer une parole de l’accusation vers l’adresse, de la plainte vers la demande, de la position vers ce qui l’a rendue nécessaire. Apaiser, lorsqu’un apaisement advient, ce n’est pas effacer le conflit ; c’est lui donner assez de forme pour qu’il ne détruise pas tout ce qu’il touche.

Ce travail doit sortir de son silence. Non pour célébrer le médiateur, mais pour rendre lisibles les exigences de son intervention : une lecture fine des situations, une vigilance aux asymétries, une attention au consentement réel, une capacité à soutenir l’incertitude, une éthique de la place et de la limite.

Parce qu’il agit sans capturer, ce travail demeure facilement sous-évalué. Ce qui ne s’impose pas se voit moins. Ce qui ne décide pas paraît secondaire. Ce qui ne produit pas immédiatement un résultat mesurable est volontiers réduit à un supplément d’âme.

Or la compétence du médiateur tient précisément à ne pas devenir un pouvoir sur l’issue. Elle consiste à soutenir un espace où d’autres peuvent parler, décider, refuser, consentir, se séparer ou s’accorder sans que cette décision leur soit retirée au moment même où elle devient possible.

Cette description prépare directement la question économique. Si l’on ne sait pas nommer ce travail, on continuera à rémunérer la médiation comme un temps d’échange, une prestation d’écoute ou une promesse d’apaisement. Si l’on parvient à le décrire plus justement, l’évaluation peut elle aussi changer d’objet : elle ne portera plus seulement sur l’accord obtenu, la durée du processus ou la satisfaction déclarée, mais sur les conditions professionnelles qui permettent à une parole, à un choix, à une décision ou à un désaccord de redevenir possibles.

La médiation ne vaut donc pas seulement par le résultat qu’elle produit. Elle vaut par la qualité d’un travail qui soutient sans retenir, rend possible sans posséder, tient assez pour que le conflit ne dévore pas tout et s’efface assez pour que ce qui advient n’appartienne qu’aux personnes concernées.

IV. Reconnaître sans réduire : les conditions de la valeur

La question économique conduit nécessairement à celle de l’évaluation. Dès qu’il faut faire reconnaître, financer ou prescrire une activité, la tentation surgit de chercher ce qui se laisse compter : nombre de médiations engagées, taux d’accord, durée du processus, coût comparé à une procédure, satisfaction déclarée des parties.

Ces données sont utiles. Elles permettent de documenter une activité encore mal connue et d’en rendre les effets discutables. Mais elles deviennent pauvres lorsqu’elles prétendent dire, à elles seules, ce que vaut une médiation.

Un accord peut être fragile, parfois accepté seulement parce que les personnes veulent sortir d’un conflit qui les épuise. A l’inverse, une médiation sans accord peut avoir permis une clarification décisive, une décision plus responsable, une séparation moins destructrice ou une demande enfin formulée. L’indicateur visible ne coïncide donc pas toujours avec la valeur réelle du travail accompli.

Toute la difficulté consiste à faire entrer la médiation dans l’ordre de la mesure sans lui retirer ce par quoi elle vaut.

François Vatin a montré que l’évaluation n’est jamais un simple relevé neutre de données : elle participe aux opérations par lesquelles une société attribue, discute et stabilise de la valeur (Vatin, 2009). Mesurer, ce n’est donc pas seulement enregistrer , c’est choisir ce qui comptera. Mesurer le taux d’accord, c’est placer l’accord au centre. Mesurer la durée, c’est privilégier la rapidité. Mesurer le coût, c’est regarder l’économie budgétaire. Mesurer la satisfaction, c’est accorder un poids déterminant à une perception immédiate qui ne dit pas toujours ce qui s’est réellement déplacé.

L’enjeu n’est donc pas de soustraire la médiation à l’évaluation, mais de déplacer ce que l’évaluation regarde  et ce à  plusieurs niveaux.

Un premier niveau porte sur les résultats visibles : l’accord signé, le délai réduit, le coût évité, la satisfaction déclarée. Il fournit des repères simples, immédiatement compréhensibles par les institutions, les juridictions, les entreprises ou les financeurs. Mais il dit principalement ce qui apparaît à la sortie du processus.

Un deuxième niveau s’attache à la qualité de la médiation elle-même : clarté de l’information préalable, respect du cadre, confidentialité, impartialité, compétence du médiateur, liberté d’entrer et de sortir du processus, qualité d’écoute et déontologie. Ces garanties sont indispensables. Elles ne suffisent pourtant pas si l’évaluation se limite à vérifier la conformité du déroulement ou la perception immédiate des parties.

Un troisième niveau des conditions dans lesquelles la valeur se constitue s’ouvre alors. Cette valeur ne surgit pas seulement au terme du processus. Elle se prépare dans la pertinence de l’orientation, le moment choisi, la liberté réelle des personnes, l’indépendance du cadre, la place des conseils, la compétence du médiateur et le temps nécessaire à l’élaboration. Elle se manifeste aussi dans ce qui a pu se déplacer et dont le médiateurs sont témoins durant le processus comme une parole redevenue adressable, une demande mieux formulée, une responsabilité moins exclusivement imputée à l’autre, une séparation moins destructrice ou un désaccord devenu soutenable.

Évaluer la médiation suppose ainsi de regarder non seulement ce qu’elle produit et la manière dont elle se déroule, mais les conditions qui rendent possibles ses effets. A défaut, on mesure des résultats ou des garanties sans comprendre la valeur qu’ils prétendent éclairer.

Cette exigence est d’autant plus forte que la médiation n’est pas une prestation ordinaire. Sa qualité n’est pas immédiatement lisible car elle dépend d’un cadre, d’une compétence, d’une éthique, d’une confiance minimale et d’un ajustement à la singularité de la situation. Les analyses de Lucien Karpik sur l’économie des singularités éclairent cette difficulté. Certains biens ou services ne peuvent être comparés principalement par le prix, parce que leur valeur repose sur des dispositifs de jugement, de réputation, de confiance et d’expérience, irréductibles à une concurrence ordinaire (Karpik, 2007).

La médiation appartient largement à cet univers. On ne choisit pas un médiateur comme une prestation standardisée. On recherche une compétence, une fiabilité, une posture et une capacité à tenir un cadre dans une situation souvent délicate.

C’est précisément à cet endroit que se noue une tension importante :  pour être reconnue, la médiation doit devenir lisible,  mais si cette lisibilité se construit au prix d’une standardisation excessive elle risque de perdre ce qui fonde sa valeur. L’enjeu n’est donc pas seulement de la rendre visible, mais de la rendre intelligible sans effacer sa singularité. Cette intelligibilité ne peut s’écrire qu’avec une description précise du travail médiateur. Non pour le figer dans un référentiel clos ni enfermer la diversité des pratiques dans une formule unique, mais pour sortir d’une indistinction qui fragilise la prescription, la rémunération, la formation, l’évaluation et la confiance des parties comme des institutions.

La médiation reste trop souvent décrite dans un registre exclusivement relationnel : écoute, dialogue, reformulation, apaisement, restauration du lien. Ces mots appartiennent au métier, mais ils ne suffisent pas à dire ce qui se joue lorsque le conflit touche à la décision, à l’autodétermination, à la responsabilité ou à la possibilité même de construire une issue.

Or le médiateur ne facilite pas seulement un échange. Il soutient les conditions dans lesquelles une parole peut devenir décisionnelle sans être arrachée, un désaccord devenir soutenable sans être neutralisé, un accord être construit sans être confisqué.

N’est-ce pas ici tout l’enjeu  de la professionnalisation du médiateur ? Andrew Abbott a montré que les professions ne se constituent pas seulement par un titre ou un statut, mais par la reconnaissance d’un champ de compétence : un domaine de problèmes et d’expertise dont elles revendiquent légitimement le traitement (Abbott, 1988).

La médiation n’a donc pas seulement à réclamer une place. Elle doit dire avec rigueur quel travail elle accomplit, sur quels objets, dans quelles conditions, avec quelles limites et selon quelles exigences. Professionnaliser la médiation ne signifie ni l’enfermer dans une corporation ni la soumettre à une normalisation qui étoufferait sa singularité. Il s’agit de rendre son exercice plus lisible, plus responsable et plus viable. Une activité mal décrite se prescrit mal, se finance mal, se transmet mal et s’évalue mal. Elle s’expose aussi à toutes les réductions comme outil de désengorgement judiciaire, prestation relationnelle indifférenciée, supplément d’humanité dans des institutions qui ne changent pas, réponse à bas coût à des conflits complexes.

La viabilité du travail médiateur exige donc davantage qu’un discours de reconnaissance. Elle suppose de construire une chaîne de valeur cohérente : savoir quand orienter vers la médiation, expliquer ce qu’elle permet et ce qu’elle ne promet pas, choisir un médiateur adapté, préserver l’indépendance du cadre, rémunérer le travail réellement engagé et distinguer les effets d’un accord, d’une clarification, d’une désescalade, d’une décision ou d’une séparation mieux assumée.

La médiation ne produit pas toujours la même valeur. Encore faut-il apprendre à reconnaître les différentes formes de valeur qu’elle peut produire. A défaut, elle restera prise dans une contradiction épuisante où appelée partout mais reconnue nulle part à la hauteur de ce qu’elle exige, célébrée comme solution mais financée comme supplément, attendue comme transformation mais évaluée comme procédure rapide.

L’économie de la médiation ne consiste donc pas seulement à demander combien coûte une médiation. Elle doit interroger les conditions nécessaires à sa valeur : un cadre, du temps, une compétence, une indépendance, une déontologie, une formation, une prescription pertinente et une rémunération juste. Sans elles, la médiation risque d’être invoquée davantage qu’elle n’est réellement soutenue.

Elle n’a pas vocation à devenir un marché comme un autre. Mais elle ne peut davantage demeurer dans une économie de la vocation, de la disponibilité invisible ou de la rémunération incertaine. Entre la marchandisation pauvre et l’idéalisation sacrificielle, un chemin doit être construit : celui d’une activité professionnelle capable de faire reconnaître la valeur de son travail sans renoncer à ce qui fonde sa singularité.

Reconnaître sans réduire, évaluer sans appauvrir, professionnaliser sans enfermer : telle est la triple exigence d’une économie politique de la médiation. Cette valeur n’est pas accessoire. Elle touche à la manière dont une société, une institution, une entreprise ou une famille accepte de traiter ses conflits sans les abandonner à la seule force, au seul retrait ou à la seule procédure. Elle appelle une économie à sa mesure : sobre dans ses promesses, exigeante dans ses conditions, attentive à ce que le travail du médiateur rend possible précisément parce qu’il ne s’en déclare jamais propriétaire.

Conclusion — Ce qui reste possible

Nommer la puissance discrète de la médiation ne consiste ni à magnifier le médiateur ni à faire de la médiation une promesse de réconciliation. Sa puissance tient précisément à sa retenue : elle ne s’approprie pas ce qu’elle rend possible. Elle travaille pour que les personnes puissent reprendre place dans ce qui les divise, sans que le conflit décide entièrement pour elles.

La question économique ne peut donc se réduire au tarif, au coût évité ou au taux d’accord. Elle porte sur la valeur d’un travail qui restaure des capacités de parole, de choix, de discernement et de responsabilité là où le conflit avait rétréci le possible.

Cette valeur dépasse la seule issue individuelle. Lorsqu’une parole redevient adressable, qu’une décision n’est plus entièrement dictée par la peur, qu’une séparation devient possible sans destruction ou qu’un désaccord peut être soutenu sans humilier ni exclure, la médiation contribue à la tenue du commun.

Elle ne supprime ni les rapports de force, ni les blessures, ni les conflits de valeurs. Elle ne remplace ni le droit, ni la justice, ni la décision politique. Mais elle peut empêcher que le conflit consomme toutes les ressources de la relation, de l’organisation ou de la société.

L’économie de la médiation consiste alors à compter autrement en acceptant de reconnaître que ce qui ne se mesure pas immédiatement n’est pas pour autant ce qui ne compte pas. La valeur d’une médiation réside moins dans ce qu’elle clôt que dans ce qu’elle laisse de nouveau praticable : une parole, une décision, une séparation, un accord ou un désaccord qui ne condamne pas l’avenir.

Avant la rupture, la voix.
Avant l’accord, le possible.
Après le conflit, le commun comme tâche.

Reste à savoir ce que nous sommes prêts à faire pour que la médiation soit reconnue, pour ce qu’elle rend possible : traiter nos conflits sans leur abandonner le dernier mot.

Bibliographie

Abbott, A. (1988). The System of Professions: An Essay on the Division of Expert Labor [Le système des professions : essai sur la division du travail d’expertise]. Chicago : University of Chicago Press.

Arendt, H. (1972). « De la violence ». Dans Du mensonge à la violence. Paris : Calmann-Lévy. Texte original publié en 1970 sous le titre On Violence.

Bush, R. A. B., & Folger, J. P. (1994). The Promise of Mediation: Responding to Conflict Through Empowerment and Recognition [La promesse de la médiation : répondre au conflit par le pouvoir d’agir et la reconnaissance]. San Francisco : Jossey-Bass.

Coase, R. H. (1960). « The Problem of Social Cost » [Le problème du coût social]. The Journal of Law and Economics, 3, 1-44. https://doi.org/10.1086/466560

Faget, J. (2008). « L’impensé de la médiation : contre-culture ou soft power ? » Empan, 72(4), 74-80. https://doi.org/10.3917/empa.072.0074

Felstiner, W. L. F., Abel, R. L., & Sarat, A. (1980-1981). « The Emergence and Transformation of Disputes: Naming, Blaming, Claiming… » [L’émergence et la transformation des différends : nommer, imputer, réclamer…]. Law & Society Review, 15(3/4), 631-654. https://doi.org/10.2307/3053505

Hirschman, A. O. (1970). Exit, Voice, and Loyalty: Responses to Decline in Firms, Organizations, and States. Cambridge, MA : Harvard University Press. Traduction française : Défection et prise de parole. Paris : Fayard.

Karpik, L. (2007). L’économie des singularités. Paris : Gallimard.

Sen, A. (1993). « Capability and Well-Being » [Capabilité et bien-être]. Dans M. Nussbaum & A. Sen (dir.), The Quality of Life (p. 30-53). Oxford : Clarendon Press.

Sen, A. (1999). Development as Freedom. New York : Alfred A. Knopf. Traduction française : Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté. Paris : Odile Jacob.

Vatin, F. (dir.). (2009). Évaluer et valoriser. Une sociologie économique de la mesure. Toulouse : Presses universitaires du Mirail.

Décret n° 2026-778 du 13 août 2026 relatif à la nouvelle composition et aux modalités de fonctionnement du Conseil national de la médiation


« A la faveur de la pause estivale, et avant l’annonce de la nomination des membres de la prochaine mandature pour une durée de 3 ans, le Ministère de la Justice vient de publier le Décret n° 2026-778 du 13 août 2026 portant modification du décret n° 2022-1353 du 25 octobre 2022 relatif à la composition et aux modalités de fonctionnement du Conseil national de la médiation.

✅ Ce qui change :

➡️ Le nombre des membres passe de 27 à 24
➡️ Nouveau membre : un magistrat coordonnateur de l’amiable d’un tribunal judiciaire du fait de sa création en lieu et place d’un magistrat d’une juridiction du premier degré de l’ordre judiciaire
➡️ Ne seront plus membres : la commission d’évaluation et de contrôle de la médiation de la consommation / la Caisse nationale d’allocations familiales /  le Défenseur des droits
➡️ Extension de mission : possibilité de saisine pour avis de toute question relative à l’interprétation du recueil de déontologie applicable à la pratique de la médiation

✅ Ce qui ne change pas :

➡️ Le CNM demeure une hashtag#commission hashtag#administrative à caractère hashtag#consultatif, régie par la section 3 du chapitre III du titre III du livre Ier du code des relations entre le public et l’administration.
➡️ La hashtag#présidence est assurée alternativement pour trois ans, par un conseiller d’Etat nommé par le vice-président du Conseil d’État ou un conseiller à la Cour de cassation nommé par le premier président de la Cour de cassation (pour la prochaine mandature, il s’agira d’un conseiller d’Etat)
➡️ La hashtag#première vice-présidence est assurée par un des représentants d’associations œuvrant dans le domaine de la médiation mentionnés au 11° de l’article 2 du présent décret élu à la majorité simple par les membres du Conseil national de la médiation.
➡️ La hashtag#seconde vice-présidence est assurée par le représentant du CNB Conseil national des barreaux – les avocats mentionné au 10° de l’article 2 du présent décret.
➡️ Le nombre (4) de personnalités qualifiées.
➡️ Le nombre (9) de représentants d’associations œuvrant dans le domaine de la médiation »

(Extrait de FFCM du 16/08/2026: https://www.linkedin.com/company/ffcm/posts/

Décret n° 2026-778 du 13 août 2026 portant modification du décret n° 2022-1353 du 25 octobre 2022 relatif à la composition et aux modalités de fonctionnement du Conseil national de la médiation – A consulter sur https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054683191

Rappel : REVUE DES MÉDIATIONS N° 6/avril 2026 : «Courants et méthodes en médiation» –  Coordination : Jean-Pierre Bonafé-Schmitt et Larbi Fekier, 123


Nous avons le plaisir de vous annoncer la publication du 6ème numéro de la Revue des Médiations : « «Courants et méthodes en médiation» , 123p. Il est publié en lien avec la Lettre des Médiations dans le cadre d’un hors-série n° 2

Nous voulons améliorer la présentation de la Revue des Médiation pour la rendre plus agréable à lire et augmenter sa diffusion et nous faisons appel à votre soutien en faisant un don ou en adhérant à l’Association Francophone pour le Développement  de la Médiation (AFDM) : https://forms.gle/r2o1wcLmkEfnSHwXA

Nous vous rappelons que la Revue des Médiations est une revue électronique de langue française fondée par des médiateurs et des chercheurs français avec la participation de représentants de pays francophones comme le Québec, la Belgique, le Luxembourg et la Suisse. Nous nous sommes limités dans un premier temps à quelques pays francophones et européens nous cherchons des correspondants d’autres pays. Si vous êtes intéressés, merci de nous contacter à :  revuedesmediations@gmail.com

Le comité de rédaction

Revue des Médiations N°6: «Courants et méthodes en médiations» à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Documentation/Bibliographie?ID=167

Revue des Médiations N°5 : «Technologies numériques et médiations» à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-166_No-01.pdf

Revue des Médiations N° 4 :  « Évolution contemporaine de la médiation : formation et pratiques professionnelles (1970-2023) – 2ème partie .» à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-163_No-01.pdf

Revue des Médiations N° 3 :  « Évolution contemporaine de la médiation : du militantisme au professionnalisme (1970-2023) 1ère partie » à télécharger sur :https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-160_No-01.pdf

Revue des médiations N°2 sur « Médiations et diversité culturelle- 2ème partie : la pratique » à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-159_No-01.pdf

Revue des médiations N°1 sur « Médiations et diversité culturelle – 1ère partie : Approches théoriques » à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-157_No-01.pdf

Lettre des Médiations N° 11 sur médiation et innovations à télécharger suhttps://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-155_No-01.pdf

Lettre des Médiations N° 10 sur la médiation dans le domaine international à télécharger sur  https://www.observatoiredesmediations.org/Documentation/Bibliographie?ID=151

Lettre des Médiations N° 9 sur la médiation dans le domaine de l’environnement dans le monde francophone à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/coreWeb/docReader/myReader.php?fID=refBibliography_ID-146_No-01.pdf

Lettre des Médiations N° 8 sur la médiation dans le domaine de la santé dans le monde francophone à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-134_No-01.pdf

Lettre des Médiations N° 7 sur la médiation dans le champ pénal dans le monde francophone à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Documentation/Bibliographie?ID=128


Lettre des Médiations N° 6 sur la médiation de la consommation dans le monde francophone à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-115_No-01.pdf


Lettre des Médiations N° 5 sur la médiation des relations de travail dans le monde francophone à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-108_No-01.pdf

Lettre des Médiations N° 4 sur la médiation interentreprise dans le monde francophone à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-40_No-01.pdf


Lettre des Médiations N° 3 sur la médiation familiale dans le monde francophone à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-116_No-01.pdf


Lettre des Médiations N° 2 sur les médiations sociales à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/Asset/Source/refBibliography_ID-56_No-01.pdf


Lettre des Médiations N° 1 sur les médiation scolaires à télécharger sur https://www.observatoiredesmediations.org/coreWeb/docReader/myReader.php?

Vidéo : Médiation administrative : premier grand arrêt [1 court article et 2 vidéos] (blog.landot-avocats.net)


Les 6 points à vérifier au cas par cas

Les 6 points à vérifier par le juge (que l’accord post-médiation soit qualifié ou non de transaction) sont les suivants :

    1. la capacité de contracter
      Certes… mais ce peut être un casse-tête en droit public… 
    2. le consentement effectif,
      Certes… 
    3. que cet accord ne porte pas atteinte à des droits dont elles n’ont pas la libre disposition
      NB : certes pas de stipulations pour autrui. Mais en droit public ce peut être aussi une absence de disposer de biens régis par des règles d’ordre public qui relèvent du point suivant (sur la domanialité par exemple, et là on n’est plus dans l’interdiction des stipulations pour autrui tout en étant dans l’absence de libre disposition de droits dont on jouit pour autant)
    4. la non violation de règles d’ordre public.
      NB : point qui peut donner lieu à un cadre évolutif d’interprétation comme on l’a vu en fonction publique ces dernières années où des domaines se sont ouverts à de possibles transactions…
    5. l’équilibre« des intérêts respectifs de chacune des parties et de l’intérêt général, y compris de l’intérêt qui s’attache à ce qu’il soit mis un terme à la procédure juridictionnelle en cours et qu’il soit renoncé à l’introduction de nouvelles procédures juridictionnelles ayant le même objet. »
      NB : du haut de cette formulation, plus de deux siècles de contrôle d’homologations de transactions vous contemplent (1804 ; 2011… étant des dates clefs sur ce point). Pour une illustration voir ici. 
    6. Plus spécifiquement, s’agissant du volet financier, le juge doit s’assurer lorsque « la personne publique s’engage à verser une somme d’argent ou à renoncer à sa perception, […] que cette somme n’est pas, par sa disproportion manifeste au regard de l’objet du litige et des contreparties accordées par la ou les autres parties, parmi lesquelles la renonciation à la procédure juridictionnelle, constitutive d’une libéralité. »(bref pas de violation de la règle constante depuis l’arrêt (CE, Sect., 19 mars 1971, Sieur Mergui, 235), et ce au titre d’une approche globale (voir ici et ; pour une application singulière en urbanisme voir de ce côté-ci)… mais avec un contrôle limité à l’absence de disproportion manifeste, ce qui est fort souple pour de telles médiations.

Rien de très surprenant pour qui est habitué au contrôle sur homologations de transactions si ce n’est — un peu — la marge de manoeuvre conséquente laissée aux parties et au médiateur sur le dernier point. » (Extrait de blog.landot-avocats.net du 27/07/2026)

A consulter sur https://blog.landot-avocats.net/2026/07/27/mediation-administrative-premier-grand-arret-1-court-article-et-2-videos-2/

Source : Conseil d’État, Section,17 juin 2026, n° 489764, au recueil Lebon https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2026-06-17/489764

« La fulgurante ascension de Pop’s, nouvel acteur contesté de la médiation sociale à Marseille » enquête de Noé Sotto (marsactu.fr)


« Début 2026, la toute jeune association Pop’s rafle un marché géant de médiation pour la Ville de Marseille, laissant les structures historiques sur le carreau. Mais les méthodes mises en œuvre dans cette structure gérée en famille font grincer des dents, entre géolocalisation sur le téléphone personnel des agents et recours à des auto-entrepreneurs.

Sur le littoral marseillais, des hommes et des femmes en chasuble blanche déambulent et échangent avec les promeneurs. Ce sont les médiateurs de la Ville de Marseille, chargés de veiller à la tranquillité publique et d’apaiser les éventuels conflits sur le littoral, l’été, mais aussi toute l’année dans les quartiers prioritaires, ou aux abords des écoles. Derrière cette routine apparente, le monde de la médiation sociale a connu un véritable chamboulement début 2026 à Marseille. Une toute jeune association, dénommée Pop’s, a raflé le principal marché public au nez et à la barbe de cinq associations de médiation historiques marseillaises — AMS, Addap 13, Régie service 13, Dunes et Sud formation — qui avaient présenté une candidature commune.  » (Extrait de marsactu.fr. du 10/08/2026)

En savoir plus sur https://marsactu.fr/la-fulgurante-ascension-de-pops-nouvel-acteur-conteste-de-la-mediation-sociale-a-marseille/

Article : « Le médiateur, acteur invisible de la participation des personnes réfugiées » Cécilia Brassier-Rodrigues, Revue française des sciences de l’information et de la communication, N°30/2025




Résumés


Français English
Dans un contexte propice à la désillusion et au désenchantement, la participation citoyenne des
personnes réfugiées se développe depuis quelques années en France. Elle est le signe d’une
intégration pluraliste dans la société. Elle est également le résultat d’un long parcours qui
nécessite l’accompagnement par un tiers. C’est le rôle de ce médiateur interculturel, souvent
invisible, que nous analyserons dans cet article, en prenant appui sur les résultats de deux projets,
coLAB et Partage de Cultures. Nous montrerons que, selon la nature de l’expérience vécue, ce
tiers accompagne le cheminement des personnes réfugiées le long de leur parcours d’intégration
pluraliste, leur permettant ainsi de quitter la posture de demandeur pour aller vers celle de
participant.


In a context conducive to disillusionment and disenchantment, the civic participation of refugees
has been developing in France over the last few years. It is a sign of pluralist integration into
society. It is also the result of a long process that requires the support of a third party. It is the
role of this often invisible intercultural mediator that we analyse in this article, based on the
results of two projects, coLAB and Partage de Cultures. We will show that, depending on the
nature of the experience, this third party accompanies the progress of refugees along their
pluralist integration path, enabling them to move away from the posture of applicant towards that
of participant.

Article à consulter sur https://journals.openedition.org/rfsic/16878

Guinée-Bissau : première visite de la médiation sénégalaise après le sommet de la Cedeao (jeuneafrique.com)


« Lors de son sommet à Freetown en juillet, la Cedeao a désigné le Sénégal comme médiateur pour conduire le dialogue en Guinée-Bissau. Le ministre des Affaires étrangères, Cheikh Niang, s’est ainsi rendu à Bissau pour présenter au président de la transition, le général Horta N’Tam, le nouveau plan de médiation. » (Extrait de jeuneafrique.com du 7/08/2026)

En savoir plus sur https://www.jeuneafrique.com/1830523/politique/en-guinee-bissau-premiere-visite-de-la-mediation-senegalaise-apres-le-sommet-de-la-cedeao/

 Communiqué de la Médiation de l’Union Africaine dans le cadre de la crise à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), les 07 et 08 juin 2026 à Lomé, en République togolaise


Communiqué à consulter sur x.com/presidencecstg/status/2064996028118417476/photo/1

« Conflits au travail : le manager peut-il se poser en médiateur entre ses collaborateurs ? » Par Léa Lucas (courriercadres.com)


« Dans son ouvrage, « Agir sur les conflits. Les ressources du manager médiateur » (Gereso), publié en mai 2026, Valérie Rodger, également psychologue clinicienne, met en lumière six modes de médiation managériale lorsqu’un conflit éclate entre deux ou plusieurs membres de son équipe. En fonction du contexte, des personnalités ou de l’urgence à calmer le jeu, le manager se doit de choisir le mode le plus approprié. Explications.

Les conflits font partie intégrante du quotidien professionnel. Personne n’y échappe. Ces désaccords prennent racine dans des divergences de valeurs, de points de vue ou encore de comportements. Parmi les nombreuses casquettes du manager, on retrouve : la gestion des tensions entre plusieurs collaborateurs qui ne se parlent plus, s’évitent ou se déchirent ouvertement. Si certains managers se sentent démunis face à ces situations, ils disposent pourtant de plusieurs modes d’intervention autour de la médiation.

Dans son ouvrage, « Agir sur les conflits. Les ressources du manager médiateur » (Gereso), publié en mai 2026, Valérie Rodger, également psychologue clinicienne, les présente tous du plus engagé (pouvoir managérial disciplinaire) au plus neutre (résolution par les salariés concernés). Chaque mode de médiation, plus ou moins assumé par le manager, présente des avantages et des limites. Reste à déterminer le plus adapté en fonction de plusieurs critères : l’objet du conflit, la nature du conflit, l’historique et le devenir des relations, le caractère urgent à résoudre le conflit, le degré de conflictualité, le niveau d’implication du manager. Sont à prendre en compte aussi le mode managérial habituel et la facilité (ou non) à s’approprier un nouveau style de management. » (Extrait de courriercadres.com

En savoir plus sur https://courriercadres.com/conflits-au-travail-comment-le-manager-peut-il-se-poser-en-mediateur-entre-ses-collaborateurs/

Article : « À la recherche de l’accord : historiographie et principes d’une enquête sur la résolution des conflits » Anne Bonzon et Diane Roussel,  Criminocorpus, 26 | 2024, mis en ligne le 28 juin 2024 


Plan

Historiographie d’une thématique de frontière : de « l’infrajustice » au « forum shopping »

Infra/extra/para-justice : chantiers pionniers, premiers concepts

La justice instrumentalisée ? Acteurs et usages sociaux de la justice

Pour une enquête collective, internationale et « totale » de la régulation sociale

Variété des systèmes judiciaires et comparaisons internationales

Sources : comment saisir l’interaction de l’accord par les usages, les mots et les pratiques ?

Décloisonner les historiographies

Les mots de l’accord

La fiction de la paix : déconstruire les discours pour comprendre le conflit et sa résolution

Retour au judiciaire : penser l’accord avec la justice et les justiciables

Temps long et chronologie de la régulation sociale

À hauteur des justiciables

(Exrait de openedition.org)

Article à consulter sur https://journals.openedition.org/criminocorpus/15425?lang=fr#quotation

Maroc : Arbitrage et médiation : après les réformes, le temps de la mise en œuvre (msn.com)


« Le cadre juridique est en place, les attentes sont désormais ailleurs. Réunis à Casablanca, magistrats, avocats et spécialistes de l’arbitrage et de la médiation ont défendu une même conviction : l’avenir de ces mécanismes se jouera moins dans de nouvelles réformes que dans leur appropriation par les acteurs de la justice et du monde économique.

Après plusieurs années d’évolution législative et institutionnelle, l’arbitrage et la médiation semblent avoir franchi une nouvelle étape. À Casablanca, les différents intervenants réunis ce vendredi 24 juillet lors d’une conférence consacrée au rôle de ces modes alternatifs de règlement des différends (MARD) ont moins insisté sur la nécessité de nouveaux textes que sur leur appropriation par les praticiens, les entreprises et les institutions judiciaires. Un changement de perspective qui traduit une certaine maturité du débat : la question n’est plus de savoir s’il faut développer ces mécanismes, mais comment les rendre pleinement opérationnels.

Ouvrant les travaux au nom du président de l’Amicale Hassania des magistrats, Abdellatif Ouardane, conseiller à la Cour d’appel de Casablanca et membre du bureau central de l’Amicale, a rappelé que l’arbitrage et la médiation ne peuvent plus être considérés comme de simples voies alternatives de règlement des litiges. Ils constituent désormais des instruments complémentaires de la justice, appelés à accompagner les mutations économiques et à renforcer la confiance dans l’environnement juridique. Il a également souligné l’importance de la coopération entre les juridictions, les professionnels du droit et les institutions spécialisées afin de favoriser leur développement. » – Hicham Oukerzaz –
(Extrait de msn.com/fr du 24/07/2026)

En savoir plus sur https://www.msn.com/fr-xl/finance/g%C3%A9n%C3%A9ral/arbitrage-et-m%C3%A9diation-apr%C3%A8s-les-r%C3%A9formes-le-temps-de-la-mise-en-%C5%93uvre/ar-AA28BqiN?ocid=BingNewsVerp