« Nommer la puissance discrète de la médiation. Contribution à une économie politique du travail des médiateurs » par Françoise Housty, Directrice du DU de Médiation UTCapitole et du DEMF INKIPIT Toulouse- Médiatrice- Présidente D’Accord Médiation


A peine le congrès de la FFCM des 11 et 12 juin à Marseille, consacré à l’économie de la médiation, était-il clôturé que les messages reçus disaient, avec une gratitude partagée, l’intensité d’un moment collectif. Ils saluaient l’architecture exigeante du programme, la qualité des interventions, la justesse du thème et la nécessité d’ouvrir enfin une question longtemps demeurée inconfortable : celle de la valeur économique de la médiation.

Une question pourtant demeurait, plus insistante encore que les remerciements : qu’avions-nous aperçu de la médiation que nous ne savions pas encore tout à fait dire ?

Avant d’être une profession à faire reconnaître, la médiation est peut-être une puissance à comprendre : non pas une puissance qui conduit les personnes, mais une puissance qui les rend à leur capacité de choisir, de se différencier sans se nier, de tenir un désaccord sans se laisser dévorer par le conflit. Encore faut-il pouvoir dire cette puissance. Car ce qui agit sans s’imposer, ce qui transforme sans prendre la place, ce qui rend possible sans se déclarer propriétaire de l’issue, demeure facilement invisible. La difficulté de reconnaissance tient précisément à cette discrétion même : la médiation ne manque pas seulement de place ; elle manque encore d’un langage suffisamment précis pour rendre lisible ce qu’elle transforme. Or un travail mal nommé demeure un travail mal évalué  et, presque toujours, mal rémunéré.

L’économie de la médiation commence dans cet effort. Non dans la seule question du tarif, du marché ou du statut, mais dans la tentative de rendre lisible un travail encore trop souvent défini par soustraction : éviter le procès, prévenir l’escalade, réduire les délais, désengorger les juridictions, contenir les coûts. Tout cela compte, bien sûr. Mais tout cela ne suffit pas.

Car ce que le conflit appauvrit d’abord, ce n’est pas seulement la relation ; c’est le possible. Il rétrécit les issues imaginables, durcit les places, enferme les récits, jusqu’à ne plus laisser parfois que trois voies pauvres : subir, attaquer ou partir. La médiation trouve là sa puissance discrète : elle ne décide pas de l’issue, mais rouvre assez d’espace pour que les personnes puissent à nouveau choisir ce qu’elles feront du conflit.

Cette hypothèse déplace la question économique ; loin de l’adoucir, elle la rend plus exigeante encore. Si la médiation est seulement pensée comme une économie du moins – moins de procès, moins de délais, moins de coûts – elle restera cantonnée à une fonction auxiliaire, utile certes, mais secondaire : recommandée, mais tardivement, louée, mais rarement financée à la hauteur de ce qu’elle engage.

La question se déplace alors en qu’est-ce qui se crée dans une médiation lorsque le conflit cesse, même provisoirement, de réduire le champ du possible ? Quelle valeur attribuer à un travail qui ne produit pas toujours un accord, mais qui peut rendre de nouveau praticables la parole, le choix, la différence, la décision ou la séparation ? Et comment faire reconnaître économiquement une activité dont les effets les plus décisifs sont souvent les moins immédiatement visibles ?

L’article suivra cette ligne : montrer d’abord les limites d’une justification de la médiation par l’économie du moins ; interroger ensuite ce que le conflit confisque du possible ; revenir au travail concret du médiateur, à cette retenue opérante qui ne s’approprie pas ce qu’elle rend possible ; poser enfin les conditions d’une reconnaissance économique capable de rendre visible sans réduire.

I. Les limites d’une économie du moins

La première manière de défendre la médiation consiste souvent à dire ce qu’elle permet d’éviter : moins de procès, de délais, de coûts, d’escalade, de ruptures irréversibles ou d’encombrement pour les juridictions. Cette justification n’est ni fausse ni secondaire. Elle parle le langage des institutions, des entreprises, des assureurs, des magistrats et des décideurs. Elle inscrit la médiation dans une rationalité économique immédiatement intelligible : celle des coûts du conflit, de la procédure et, plus largement, d’une conflictualité laissée à elle-même.

Depuis Ronald Coase, l’économie du droit a montré combien les coûts de transaction pèsent sur la capacité des acteurs à négocier, à coordonner leurs intérêts et à traiter les effets de leurs décisions (Coase, 1960). Appliquée avec prudence à la médiation, cette intuition demeure féconde. Un conflit ne se réduit jamais à son objet apparent : il consomme du temps, de l’attention, de l’énergie, de la confiance et de la capacité de décision. Il mobilise des conseils, des procédures et des institutions, tout en immobilisant des ressources humaines, symboliques et économiques souvent très supérieures à l’enjeu initial.

La médiation possède donc une rationalité économique évidente. Elle peut réduire certains coûts de coordination et permettre aux personnes ou aux organisations de reprendre la main avant que le différend ne s’installe dans une logique contentieuse longue, coûteuse et disproportionnée. Elle peut empêcher qu’un désaccord limité ne devienne une affaire totale, dans laquelle l’objet premier disparaît derrière l’affrontement lui-même.

Mais cette justification rencontre une limite décisive. A définir la médiation seulement par ce qu’elle épargne, on en fait une économie de l’évitement, là où il faudrait penser une économie de la transformation.

Pensée à partir du « moins » (moins de temps, de frais, d’usure, de risques et de dommages), la médiation demeure utile en position seconde : auxiliaire du système judiciaire, variable d’ajustement des organisations, instrument de fluidification des conflits devenus trop coûteux. Elle acquiert ainsi une intelligibilité institutionnelle immédiate, mais au risque d’une réduction instrumentale de sa portée et d’un effacement de ce qu’elle engage socialement et politiquement.

Car le conflit n’est pas seulement une charge à diminuer. Il possède une dynamique propre : il naît, se formule, se déplace, se durcit, change parfois d’objet, d’acteurs ou de scène. Les travaux de William Felstiner, Richard Abel et Austin Sarat sur la transformation des différends — nommer, imputer, réclamer, naming, blaming, claiming — ont montré qu’un litige n’existe pas d’emblée sous une forme constituée. Une expérience doit d’abord être qualifiée comme un tort, attribuée à une responsabilité, puis transformée en réclamation adressée (Felstiner, Abel et Sarat, 1980-1981).

Le conflit n’est donc pas seulement un coût : il est aussi une construction progressive du sens, de la responsabilité et de la demande. Avant même d’être saisi par la procédure, il travaille les récits, les places, les attentes et les possibilités d’adresse. La médiation intervient précisément dans cette zone mouvante où ce qui est vécu cherche encore sa forme, son destinataire et son avenir.

Réduire son économie à ce qu’elle évite ( un contentieux, un délai, une dépense ou une rupture), revient alors à manquer ce qu’elle travaille. La qualité du processus, la satisfaction des parties ou l’apaisement de l’échange sont des critères utiles, mais ils ne suffisent pas davantage à caractériser le mode singulier de production de valeur engagé par la médiation.

Les conséquences de cette réduction sont très concrètes. Pensée comme outil d’économie, la médiation sera prescrite lorsque les coûts seront déjà manifestes. Pensée comme instrument de désengorgement, elle sera évaluée à sa capacité d’absorber des flux. Pensée comme prestation relationnelle, elle sera rémunérée comme un temps d’écoute ou d’apaisement, et non comme un travail de transformation du conflit. Dans chaque cas, elle gagne en visibilité, mais sa valeur propre demeure méconnue.

Jacques Faget a souligné cette ambivalence dans « L’impensé de la médiation : contre-culture ou soft power ? » (2008). Les pratiques de médiation peuvent porter des principes susceptibles de déplacer les jeux institutionnels ; elles peuvent aussi renforcer, sous des formes plus douces, la légitimité des institutions existantes. Une médiation reconnue seulement parce qu’elle fluidifie, apaise ou désengorge risque ainsi de devenir l’instrument discret de ce qu’elle devrait également pouvoir interroger.

L’économie du moins ne doit donc pas être rejetée. Elle constitue une porte d’entrée utile, parfois indispensable, pour parler aux institutions et aux décideurs la langue du coût, du risque et de l’efficacité. Mais elle ne saurait former le cœur d’une économie de la médiation.

La question n’est pas seulement de savoir ce que le conflit coûte, mais ce qu’il empêche : la parole, le choix, la confiance minimale, la capacité de se différencier et, parfois, la possibilité même d’imaginer une issue autre que subir, attaquer ou partir.

La médiation vaut davantage que ce qu’elle évite. Elle vaut par ce qu’elle rend à nouveau praticable, avant que la rupture, le procès ou le retrait ne deviennent les seules issues disponibles.

II. Le possible confisqué

Si la médiation vaut davantage que ce qu’elle évite, encore faut-il dire ce que le conflit empêche. Celui-ci ne se contente pas d’altérer une relation, d’augmenter des coûts ou de dégrader une situation. Il confisque peu à peu une part du possible : il appauvrit les issues imaginables, resserre les récits et rigidifie les places. Ce qui pouvait être discuté devient accusation ; ce qui pouvait être ajusté devient preuve de mauvaise foi ; ce qui pouvait encore être distingué se trouve absorbé dans une lecture unique, saturée par la défiance et la colère.

Le conflit n’empêche pas seulement de s’entendre. Il empêche souvent de penser autrement.

Cette dimension est décisive pour comprendre l’économie propre de la médiation. Mesurer seulement le coût du conflit permet de voir ce qu’il consomme, mais non ce qu’il retranche : une marge de choix, une liberté de parole, une capacité de nuance, parfois même la possibilité d’imaginer une issue qui ne soit ni la soumission, ni l’affrontement, ni le retrait.

Les travaux d’Amartya Sen sur les capabilités offrent ici un appui précieux. Sen invite à ne pas évaluer les situations humaines seulement à partir des ressources disponibles ou des résultats obtenus, mais à considérer les libertés réelles dont disposent les personnes : ce qu’elles sont effectivement en mesure de choisir, de poursuivre, de refuser ou de transformer (Sen, 1993 ; 1999).

La médiation n’est évidemment pas une application de la théorie des capabilités. Mais cette référence permet de nommer ce que l’expérience des médiateurs donne souvent à voir : le conflit devient particulièrement pauvre lorsqu’il ne laisse plus que des choix appauvris. Subir ou rompre. Se taire ou attaquer. Céder ou judiciariser. Sauver la face ou perdre la relation. Tenir sa position ou disparaître.

La médiation travaille précisément cette pauvreté du possible.

Elle ne promet ni une issue heureuse, ni le maintien de toute relation, ni la transformation de tout désaccord en harmonie. Elle ouvre plus modestement — et plus sérieusement — un espace dans lequel les personnes peuvent éprouver qu’elles ne sont pas condamnées à être conduites par le conflit. Non parce que le médiateur choisirait pour elles, mais parce que le cadre rend à nouveau praticables des opérations devenues presque impossibles : distinguer, formuler, entendre, refuser, proposer, décider ou se séparer.

L’économie de la médiation change alors de nature. Elle ne porte plus seulement sur l’alternative entre un procès coûteux et une solution moins onéreuse, mais sur la valeur d’un espace où une capacité d’agir peut être retrouvée. Celle-ci n’est pas un supplément psychologique. Elle produit des effets sociaux, économiques et politiques. Une personne ou une organisation qui retrouve une marge de choix ne subit plus le conflit de la même manière. Elle peut consentir, refuser, négocier, renoncer ou partir avec davantage de discernement, même lorsque la décision demeure difficile.

La distinction proposée par Albert O. Hirschman entre défection et prise de parole éclaire ce déplacement. Dans Exit, Voice, and Loyalty, Hirschman distingue la sortie — le retrait ou la défection — de la voix, c’est-à-dire l’effort pour adresser une critique, une demande ou une objection afin d’agir sur la situation (Hirschman, 1970). Transposée avec prudence à la médiation, cette distinction donne toute sa portée à la formule : avant la rupture, la voix.

La médiation ne s’oppose pas à la rupture par principe. Certaines séparations protègent ; certains retraits sont plus justes que le maintien forcé d’un lien devenu destructeur. Mais elle ouvre un temps avant que la rupture ne s’impose comme la seule issue intelligible. Elle permet que quelque chose soit adressé avant d’être quitté, formulé avant d’être judiciarisé, entendu avant d’être définitivement imputé. Elle ne retient pas les personnes ; elle leur permet de ne pas partir, rester, céder ou combattre sans avoir pu reprendre ce qu’elles avaient encore à dire et à décider.

La voix, en médiation, ne se réduit pourtant pas à l’expression. Les conflits sont souvent saturés de paroles : messages, accusations, récits concurrents, silences et phrases répétées jusqu’à l’usure. Ce qui manque n’est pas nécessairement la parole, mais une parole capable de produire autre chose que sa propre répétition : suffisamment dégagée de l’attaque pour devenir adressable, suffisamment tenue pour être entendue, suffisamment située pour permettre à celui qui parle de ne pas s’y perdre.

Cette voix a une valeur. Elle permet de passer d’une conflictualité qui enferme à une conflictualité qui peut être reprise. Elle ne supprime pas la différence, mais peut la rendre moins destructrice. Elle ne transforme pas nécessairement le désaccord en accord, mais peut faire du désaccord une réalité soutenable, avec laquelle les personnes peuvent de nouveau agir.

L’économie de la médiation doit pouvoir rendre cette valeur visible. Non pour embellir le métier, mais pour dire ce que l’économie du moins laisse dans l’ombre : la médiation n’est pas seulement utile parce qu’elle évite des coûts ; elle est précieuse lorsqu’elle rouvre des capacités de parole, de choix, de différenciation et de décision.

Ce possible rouvert n’est pas toujours spectaculaire. Il peut tenir à un déplacement infime : une phrase qui cesse d’être une arme, une demande qui se précise, une responsabilité qui n’est plus entièrement projetée sur l’autre, une séparation qui devient pensable sans destruction, une décision qui n’est plus seulement dictée par la peur ou la colère.

Ces déplacements échappent souvent aux indicateurs ordinaires. Ils n’en sont pas moins décisifs. Une famille, une organisation, une institution ou une société ne tiennent pas seulement par leurs règles et leurs décisions, mais aussi par les espaces qu’elles préservent pour que le conflit puisse être repris avant d’avoir réduit toutes les issues à la fuite, au silence ou à l’affrontement.

L’économie de la médiation devient ainsi une économie du possible : non pas l’économie naïve d’un accord toujours souhaitable, mais celle, plus exigeante, d’un travail qui rend à nouveau praticable ce que le conflit avait rendu inaccessible. Reste alors à comprendre par quel travail précis le médiateur soutient cette réouverture sans se substituer aux personnes ni s’approprier ce qui advient.

III. Une puissance sans hubris : la retenue opérante du médiateur

Si le conflit confisque du possible, la médiation ne le rouvre ni par magie ni par la seule vertu du dialogue. Elle y parvient, lorsque les conditions sont réunies, par un travail professionnel précis, difficile à décrire parce qu’il agit moins par prise que par tenue.

Le médiateur n’ajoute pas une volonté à celles qui s’affrontent. Il ne prend pas la parole à la place des personnes, ne décide pas ce qui serait bon pour elles et ne les conduit pas vers une issue qu’il aurait reconnue avant elles. Il soutient les conditions dans lesquelles elles peuvent reprendre elles-mêmes une part de parole, de choix et de décision.

Parler de puissance à propos de la médiation peut surprendre. Le mot paraît presque excessif pour une pratique qui se définit ordinairement par le retrait du tiers, la confidentialité, l’impartialité, le consentement des personnes et leur liberté de décision. Il l’est davantage encore dans un champ qui a souvent voulu se distinguer des formes instituées de l’autorité : le juge tranche, l’expert éclaire, le conseil recommande ; le médiateur, lui, ne décide pas.

Refuser ce mot conduirait pourtant à manquer une part essentielle de la médiation. Sa puissance ne tient ni à une autorité de commandement, ni à une capacité de contrainte, ni à un pouvoir de surplomb. Elle ne s’exerce pas sur les personnes. Elle se déploie entre elles, dans cet espace fragile où une parole peut redevenir adressable, où une différence peut cesser d’être immédiatement vécue comme une menace, où une décision peut être reprise sans être entièrement dictée par la peur, la colère ou l’épuisement.

Cette puissance est sans hubris. Elle ne grandit pas le médiateur ; elle l’oblige. Le tiers ne vient ni sauver, ni réparer, ni réconcilier par principe. Il ne convertit pas le conflit en paix ni le désaccord en consensus. Il travaille plus sobrement à ce que le conflit ne soit pas le seul à organiser la scène.

Une demande peut alors se préciser. Une responsabilité peut cesser d’être entièrement projetée sur l’autre. Une décision peut être reprise. Une séparation peut devenir pensable sans destruction. Un accord peut apparaître, non comme une injonction à s’entendre, mais comme une issue que les personnes reconnaissent comme leur appartenant.

La distinction proposée par Hannah Arendt entre pouvoir et violence éclaire cette nuance. Dans Du mensonge à la violence l’auteure rappelle que le pouvoir ne se confond ni avec la domination ni avec la contrainte ; il renvoie à une capacité d’agir de façon concertée (Arendt, 1972).

La médiation n’est évidemment pas une scène politique au sens arendtien. Mais cette distinction permet de penser une puissance qui ne consiste ni à obtenir l’obéissance ni à imposer une direction. Elle tient à la possibilité de refaire exister, entre les personnes, un espace minimal d’action, que l’issue soit un accord, une décision ou une séparation.

La puissance de la médiation est donc indissociable d’une retenue. Le médiateur tient un cadre, mais il ne le tient pas comme une frontière rigide. Il veille à ce que chacun puisse parler sans être aussitôt reconduit à la place que le conflit lui assigne. Il protège le processus sans l’alourdir. Il intervient sans occuper la scène. Il clarifie sans enfermer. Il relance sans pousser. Il accueille le désaccord sans le dramatiser, mais sans le dissoudre dans une harmonie de façade.

Toute la difficulté de ce travail se tient dans cette retenue opérante : agir sans s’approprier, soutenir sans conduire, rendre possible sans devenir propriétaire de ce qui advient.

Dire que la médiation restitue du pouvoir d’agir ne signifie donc pas que le médiateur distribuerait ce pouvoir comme une ressource dont il serait le détenteur. Il ne donne pas la parole ; il travaille les conditions dans lesquelles une parole peut être reprise. Il ne fabrique pas l’autodétermination ; il veille à ce que le processus ne la confisque pas. Il ne produit pas l’émancipation ; il évite, autant que possible, que la médiation reconduise la dépossession déjà à l’œuvre dans le conflit.

Les approches transformatives de la médiation ont utilement insisté sur cette dimension. Dans The Promise of Mediation, Robert A. Baruch Bush et Joseph P. Folger ont proposé de penser la médiation non seulement à partir de la résolution du problème, mais à partir d’un double mouvement de pouvoir d’agir et de reconnaissance : permettre aux personnes de retrouver une plus grande clarté sur leurs choix et une plus grande capacité à percevoir l’autre dans la situation conflictuelle (Bush et Folger, 1994).

Sans réduire toute médiation au modèle transformatif, cette approche éclaire une intuition essentielle : la médiation vaut lorsqu’elle ne confisque pas aux personnes la puissance de déterminer ce qu’elles feront du conflit.

Cette compétence reste pourtant mal nommée. On parle d’écoute, de reformulation, de neutralité ou d’apaisement. Ces mots sont nécessaires ; ils appartiennent au métier. Mais ils ne disent pas encore l’épaisseur du travail accompli lorsque le conflit a fermé les issues imaginables.

Écouter, en médiation, ce n’est pas seulement recevoir une parole ; c’est rendre possible une écoute là où chacun croit déjà savoir ce que l’autre va dire. Reformuler n’est pas répéter autrement ; c’est parfois déplacer une parole de l’accusation vers l’adresse, de la plainte vers la demande, de la position vers ce qui l’a rendue nécessaire. Apaiser, lorsqu’un apaisement advient, ce n’est pas effacer le conflit ; c’est lui donner assez de forme pour qu’il ne détruise pas tout ce qu’il touche.

Ce travail doit sortir de son silence. Non pour célébrer le médiateur, mais pour rendre lisibles les exigences de son intervention : une lecture fine des situations, une vigilance aux asymétries, une attention au consentement réel, une capacité à soutenir l’incertitude, une éthique de la place et de la limite.

Parce qu’il agit sans capturer, ce travail demeure facilement sous-évalué. Ce qui ne s’impose pas se voit moins. Ce qui ne décide pas paraît secondaire. Ce qui ne produit pas immédiatement un résultat mesurable est volontiers réduit à un supplément d’âme.

Or la compétence du médiateur tient précisément à ne pas devenir un pouvoir sur l’issue. Elle consiste à soutenir un espace où d’autres peuvent parler, décider, refuser, consentir, se séparer ou s’accorder sans que cette décision leur soit retirée au moment même où elle devient possible.

Cette description prépare directement la question économique. Si l’on ne sait pas nommer ce travail, on continuera à rémunérer la médiation comme un temps d’échange, une prestation d’écoute ou une promesse d’apaisement. Si l’on parvient à le décrire plus justement, l’évaluation peut elle aussi changer d’objet : elle ne portera plus seulement sur l’accord obtenu, la durée du processus ou la satisfaction déclarée, mais sur les conditions professionnelles qui permettent à une parole, à un choix, à une décision ou à un désaccord de redevenir possibles.

La médiation ne vaut donc pas seulement par le résultat qu’elle produit. Elle vaut par la qualité d’un travail qui soutient sans retenir, rend possible sans posséder, tient assez pour que le conflit ne dévore pas tout et s’efface assez pour que ce qui advient n’appartienne qu’aux personnes concernées.

IV. Reconnaître sans réduire : les conditions de la valeur

La question économique conduit nécessairement à celle de l’évaluation. Dès qu’il faut faire reconnaître, financer ou prescrire une activité, la tentation surgit de chercher ce qui se laisse compter : nombre de médiations engagées, taux d’accord, durée du processus, coût comparé à une procédure, satisfaction déclarée des parties.

Ces données sont utiles. Elles permettent de documenter une activité encore mal connue et d’en rendre les effets discutables. Mais elles deviennent pauvres lorsqu’elles prétendent dire, à elles seules, ce que vaut une médiation.

Un accord peut être fragile, parfois accepté seulement parce que les personnes veulent sortir d’un conflit qui les épuise. A l’inverse, une médiation sans accord peut avoir permis une clarification décisive, une décision plus responsable, une séparation moins destructrice ou une demande enfin formulée. L’indicateur visible ne coïncide donc pas toujours avec la valeur réelle du travail accompli.

Toute la difficulté consiste à faire entrer la médiation dans l’ordre de la mesure sans lui retirer ce par quoi elle vaut.

François Vatin a montré que l’évaluation n’est jamais un simple relevé neutre de données : elle participe aux opérations par lesquelles une société attribue, discute et stabilise de la valeur (Vatin, 2009). Mesurer, ce n’est donc pas seulement enregistrer , c’est choisir ce qui comptera. Mesurer le taux d’accord, c’est placer l’accord au centre. Mesurer la durée, c’est privilégier la rapidité. Mesurer le coût, c’est regarder l’économie budgétaire. Mesurer la satisfaction, c’est accorder un poids déterminant à une perception immédiate qui ne dit pas toujours ce qui s’est réellement déplacé.

L’enjeu n’est donc pas de soustraire la médiation à l’évaluation, mais de déplacer ce que l’évaluation regarde  et ce à  plusieurs niveaux.

Un premier niveau porte sur les résultats visibles : l’accord signé, le délai réduit, le coût évité, la satisfaction déclarée. Il fournit des repères simples, immédiatement compréhensibles par les institutions, les juridictions, les entreprises ou les financeurs. Mais il dit principalement ce qui apparaît à la sortie du processus.

Un deuxième niveau s’attache à la qualité de la médiation elle-même : clarté de l’information préalable, respect du cadre, confidentialité, impartialité, compétence du médiateur, liberté d’entrer et de sortir du processus, qualité d’écoute et déontologie. Ces garanties sont indispensables. Elles ne suffisent pourtant pas si l’évaluation se limite à vérifier la conformité du déroulement ou la perception immédiate des parties.

Un troisième niveau des conditions dans lesquelles la valeur se constitue s’ouvre alors. Cette valeur ne surgit pas seulement au terme du processus. Elle se prépare dans la pertinence de l’orientation, le moment choisi, la liberté réelle des personnes, l’indépendance du cadre, la place des conseils, la compétence du médiateur et le temps nécessaire à l’élaboration. Elle se manifeste aussi dans ce qui a pu se déplacer et dont le médiateurs sont témoins durant le processus comme une parole redevenue adressable, une demande mieux formulée, une responsabilité moins exclusivement imputée à l’autre, une séparation moins destructrice ou un désaccord devenu soutenable.

Évaluer la médiation suppose ainsi de regarder non seulement ce qu’elle produit et la manière dont elle se déroule, mais les conditions qui rendent possibles ses effets. A défaut, on mesure des résultats ou des garanties sans comprendre la valeur qu’ils prétendent éclairer.

Cette exigence est d’autant plus forte que la médiation n’est pas une prestation ordinaire. Sa qualité n’est pas immédiatement lisible car elle dépend d’un cadre, d’une compétence, d’une éthique, d’une confiance minimale et d’un ajustement à la singularité de la situation. Les analyses de Lucien Karpik sur l’économie des singularités éclairent cette difficulté. Certains biens ou services ne peuvent être comparés principalement par le prix, parce que leur valeur repose sur des dispositifs de jugement, de réputation, de confiance et d’expérience, irréductibles à une concurrence ordinaire (Karpik, 2007).

La médiation appartient largement à cet univers. On ne choisit pas un médiateur comme une prestation standardisée. On recherche une compétence, une fiabilité, une posture et une capacité à tenir un cadre dans une situation souvent délicate.

C’est précisément à cet endroit que se noue une tension importante :  pour être reconnue, la médiation doit devenir lisible,  mais si cette lisibilité se construit au prix d’une standardisation excessive elle risque de perdre ce qui fonde sa valeur. L’enjeu n’est donc pas seulement de la rendre visible, mais de la rendre intelligible sans effacer sa singularité. Cette intelligibilité ne peut s’écrire qu’avec une description précise du travail médiateur. Non pour le figer dans un référentiel clos ni enfermer la diversité des pratiques dans une formule unique, mais pour sortir d’une indistinction qui fragilise la prescription, la rémunération, la formation, l’évaluation et la confiance des parties comme des institutions.

La médiation reste trop souvent décrite dans un registre exclusivement relationnel : écoute, dialogue, reformulation, apaisement, restauration du lien. Ces mots appartiennent au métier, mais ils ne suffisent pas à dire ce qui se joue lorsque le conflit touche à la décision, à l’autodétermination, à la responsabilité ou à la possibilité même de construire une issue.

Or le médiateur ne facilite pas seulement un échange. Il soutient les conditions dans lesquelles une parole peut devenir décisionnelle sans être arrachée, un désaccord devenir soutenable sans être neutralisé, un accord être construit sans être confisqué.

N’est-ce pas ici tout l’enjeu  de la professionnalisation du médiateur ? Andrew Abbott a montré que les professions ne se constituent pas seulement par un titre ou un statut, mais par la reconnaissance d’un champ de compétence : un domaine de problèmes et d’expertise dont elles revendiquent légitimement le traitement (Abbott, 1988).

La médiation n’a donc pas seulement à réclamer une place. Elle doit dire avec rigueur quel travail elle accomplit, sur quels objets, dans quelles conditions, avec quelles limites et selon quelles exigences. Professionnaliser la médiation ne signifie ni l’enfermer dans une corporation ni la soumettre à une normalisation qui étoufferait sa singularité. Il s’agit de rendre son exercice plus lisible, plus responsable et plus viable. Une activité mal décrite se prescrit mal, se finance mal, se transmet mal et s’évalue mal. Elle s’expose aussi à toutes les réductions comme outil de désengorgement judiciaire, prestation relationnelle indifférenciée, supplément d’humanité dans des institutions qui ne changent pas, réponse à bas coût à des conflits complexes.

La viabilité du travail médiateur exige donc davantage qu’un discours de reconnaissance. Elle suppose de construire une chaîne de valeur cohérente : savoir quand orienter vers la médiation, expliquer ce qu’elle permet et ce qu’elle ne promet pas, choisir un médiateur adapté, préserver l’indépendance du cadre, rémunérer le travail réellement engagé et distinguer les effets d’un accord, d’une clarification, d’une désescalade, d’une décision ou d’une séparation mieux assumée.

La médiation ne produit pas toujours la même valeur. Encore faut-il apprendre à reconnaître les différentes formes de valeur qu’elle peut produire. A défaut, elle restera prise dans une contradiction épuisante où appelée partout mais reconnue nulle part à la hauteur de ce qu’elle exige, célébrée comme solution mais financée comme supplément, attendue comme transformation mais évaluée comme procédure rapide.

L’économie de la médiation ne consiste donc pas seulement à demander combien coûte une médiation. Elle doit interroger les conditions nécessaires à sa valeur : un cadre, du temps, une compétence, une indépendance, une déontologie, une formation, une prescription pertinente et une rémunération juste. Sans elles, la médiation risque d’être invoquée davantage qu’elle n’est réellement soutenue.

Elle n’a pas vocation à devenir un marché comme un autre. Mais elle ne peut davantage demeurer dans une économie de la vocation, de la disponibilité invisible ou de la rémunération incertaine. Entre la marchandisation pauvre et l’idéalisation sacrificielle, un chemin doit être construit : celui d’une activité professionnelle capable de faire reconnaître la valeur de son travail sans renoncer à ce qui fonde sa singularité.

Reconnaître sans réduire, évaluer sans appauvrir, professionnaliser sans enfermer : telle est la triple exigence d’une économie politique de la médiation. Cette valeur n’est pas accessoire. Elle touche à la manière dont une société, une institution, une entreprise ou une famille accepte de traiter ses conflits sans les abandonner à la seule force, au seul retrait ou à la seule procédure. Elle appelle une économie à sa mesure : sobre dans ses promesses, exigeante dans ses conditions, attentive à ce que le travail du médiateur rend possible précisément parce qu’il ne s’en déclare jamais propriétaire.

Conclusion — Ce qui reste possible

Nommer la puissance discrète de la médiation ne consiste ni à magnifier le médiateur ni à faire de la médiation une promesse de réconciliation. Sa puissance tient précisément à sa retenue : elle ne s’approprie pas ce qu’elle rend possible. Elle travaille pour que les personnes puissent reprendre place dans ce qui les divise, sans que le conflit décide entièrement pour elles.

La question économique ne peut donc se réduire au tarif, au coût évité ou au taux d’accord. Elle porte sur la valeur d’un travail qui restaure des capacités de parole, de choix, de discernement et de responsabilité là où le conflit avait rétréci le possible.

Cette valeur dépasse la seule issue individuelle. Lorsqu’une parole redevient adressable, qu’une décision n’est plus entièrement dictée par la peur, qu’une séparation devient possible sans destruction ou qu’un désaccord peut être soutenu sans humilier ni exclure, la médiation contribue à la tenue du commun.

Elle ne supprime ni les rapports de force, ni les blessures, ni les conflits de valeurs. Elle ne remplace ni le droit, ni la justice, ni la décision politique. Mais elle peut empêcher que le conflit consomme toutes les ressources de la relation, de l’organisation ou de la société.

L’économie de la médiation consiste alors à compter autrement en acceptant de reconnaître que ce qui ne se mesure pas immédiatement n’est pas pour autant ce qui ne compte pas. La valeur d’une médiation réside moins dans ce qu’elle clôt que dans ce qu’elle laisse de nouveau praticable : une parole, une décision, une séparation, un accord ou un désaccord qui ne condamne pas l’avenir.

Avant la rupture, la voix.
Avant l’accord, le possible.
Après le conflit, le commun comme tâche.

Reste à savoir ce que nous sommes prêts à faire pour que la médiation soit reconnue, pour ce qu’elle rend possible : traiter nos conflits sans leur abandonner le dernier mot.

Bibliographie

Abbott, A. (1988). The System of Professions: An Essay on the Division of Expert Labor [Le système des professions : essai sur la division du travail d’expertise]. Chicago : University of Chicago Press.

Arendt, H. (1972). « De la violence ». Dans Du mensonge à la violence. Paris : Calmann-Lévy. Texte original publié en 1970 sous le titre On Violence.

Bush, R. A. B., & Folger, J. P. (1994). The Promise of Mediation: Responding to Conflict Through Empowerment and Recognition [La promesse de la médiation : répondre au conflit par le pouvoir d’agir et la reconnaissance]. San Francisco : Jossey-Bass.

Coase, R. H. (1960). « The Problem of Social Cost » [Le problème du coût social]. The Journal of Law and Economics, 3, 1-44. https://doi.org/10.1086/466560

Faget, J. (2008). « L’impensé de la médiation : contre-culture ou soft power ? » Empan, 72(4), 74-80. https://doi.org/10.3917/empa.072.0074

Felstiner, W. L. F., Abel, R. L., & Sarat, A. (1980-1981). « The Emergence and Transformation of Disputes: Naming, Blaming, Claiming… » [L’émergence et la transformation des différends : nommer, imputer, réclamer…]. Law & Society Review, 15(3/4), 631-654. https://doi.org/10.2307/3053505

Hirschman, A. O. (1970). Exit, Voice, and Loyalty: Responses to Decline in Firms, Organizations, and States. Cambridge, MA : Harvard University Press. Traduction française : Défection et prise de parole. Paris : Fayard.

Karpik, L. (2007). L’économie des singularités. Paris : Gallimard.

Sen, A. (1993). « Capability and Well-Being » [Capabilité et bien-être]. Dans M. Nussbaum & A. Sen (dir.), The Quality of Life (p. 30-53). Oxford : Clarendon Press.

Sen, A. (1999). Development as Freedom. New York : Alfred A. Knopf. Traduction française : Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté. Paris : Odile Jacob.

Vatin, F. (dir.). (2009). Évaluer et valoriser. Une sociologie économique de la mesure. Toulouse : Presses universitaires du Mirail.

« Médiateurs, êtes-vous conformes à la facturation électronique ? » par Jean-François PELLERIN (SYME)


« Vous avez certainement entendu parler de la réforme désignée sous le nom de facturation électronique, qui entrera en vigueur à partir du 1er septembre 2026. Cette réforme a notamment pour objectif la lutte contre la fraude à la TVA. Dans ce but, à court terme, les factures et les paiements effectués par l’ensemble des entreprises seront transmises dans une base de données centrale, et les taxes sur toutes ces transactions pourront désormais être contrôlées de façon rigoureuse. La facturation électronique devient obligatoire pour toutes les entreprises, même celles qui sont en franchise de TVA en base*.

Dans cet article, nous nous proposons de vous informer sur les conséquences de cette réforme pour les médiateurs indépendant » (Extrait de syme.eu du 26/06/2026)

En savoir plus sur https://www.syme.eu/articles/213091-mediateurs-etes-vous-conforme-a-la-facturation-electronique

Congrès National de la FÉDÉRATION FRANÇAISE DES CENTRES DE MEDIATION (FFCM) – thème : l’Economie de la Médiation, les 11 et 12 juin 2026 à Marseille


inscription et programme sur https://lnkd.in/d5GS7p3k

Bref compte-rendu du Paris Dispute Resolution Day 2025 – 1ère édition : l’économie du conflit du 2/12/2025


« La table ronde du Grand Salon a réuni des voix complémentaires du monde économique, universitaire, institutionnel et juridique pour analyser la montée en puissance des modes amiables et leur rôle stratégique dans l’attractivité de la place de Paris.

Sous la modération de Denis Musson, les échanges ont porté sur :
👉 l’intégration croissante de l’amiable dans les stratégies de résolution des différends à l’international,
👉 l’évolution des usages pour réduire l’incertitude et accélérer les solutions,
👉 la place des entreprises, de la Chancellerie et des experts dans ce changement de culture.

Avec les interventions de :
Bruno Deffains, Flavie Le Tallec, Sabine Le Gac, Kyum Lee, Romain Lortat-Jacob et Pierre Servan-Schreiber.

Extrait de https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7401656045703475202/

Rapport : Bruno DEFFAINS, « L’analyse économique du règlement des litiges : approches théorique, empirique et comparative », CREDES, UNIVERSITE DE NANCY 2, GIP MISSION DE RECHERCHE DROIT ET JUSTICE, 2001, 284p.


Rapport à consulter sur https://institutrobertbadinter.fr/fr/publications/lanalyse-economique-du-reglement-des-litiges-approches-theorique-empirique-et-comparative-note-de-synthese/

Cycle de conférences sur l’amiable à la Cour de cassation (rediffusion) : « L’économie de l’amiable » avec Bruno Deffains, professeur université Paris-Assas, le 7 avril 2025


« Dans une approche rigoureuse et innovante, Bruno Deffains rappelle que les conflits ne se mesurent pas uniquement au regard du nombre de décisions de justice, mais aussi et surtout en coûts cachés : tensions internes, atteinte à la réputation, perte de confiance, perturbation de l’activité économique, etc.

📊 Le Baromètre Equanim / Lamy Liaisons – Groupe Karnov du coût de la conflictualité entre entreprises met en lumière un chiffre saisissant : 29,45 milliards d’euros, soit 1,2 % du PIB, seraient liés aux litiges commerciaux en France. Un chiffre qui nous oblige à repenser notre culture du conflit.

💬 Loin de plaider pour une suppression de la voie judiciaire, Bruno Deffains appelle à une complémentarité lucide entre contentieux et amiable. Pour cela, il souligne la nécessité d’indicateurs transparents, de statistiques fiables et d’une évolution culturelle, tant chez les juristes que dans les entreprises.

Enfin, il évoque les avantages du « surplus coopératif », concept illustrant comment une résolution amiable peut créer de la valeur au lieu d’en détruire. » (Extrait de https://www.linkedin.com/posts/equanim-international_maezdiation-mard-diffaezrend-activity-7318211782366384128-qRJ9/?utm_source=share&utm_medium=member_android&rcm=ACoAAAI9qKIBUdrVnyHXEanNZav8WKMzIxTvR8I

Conférence à consulter sur https://www.youtube.com/watch?v=NxyiufRejFQ&t=3842s

Article : « Médiation et économie sociale, le cas de la Mutualité sociale agricole » Lionel Bobot, . Revue internationale de l’économie sociale, 2006 (299), p.24–33


Résumé

La médiation, mode de règlement des conflits, est de plus en plus utilisée en France et se généralise dans tous les domaines, notamment dans le cadre de l’économie sociale et des mutuelles d’assurance. La Mutualité sociale agricole (MSA) a, depuis le 1er juillet 2000, mis en place un médiateur afin d’améliorer la qualité du service qu’elle rend à ses adhérents, en coordination avec le médiateur de la République. Dans un domaine comme celui de la protection sociale, qui est à la fois complexe et très réglementé, où il existe une culture de la règle, la démarche de médiation répond d’abord à un réel besoin. Elle devrait apporter un peu de souplesse dans l’application des règles, éventuellement contribuer à leur adaptation, et donner aussi aux assurés le sentiment d’être encore mieux entendus dans la défense de leurs droits. Cet article montre la place que peut tenir la médiation dans une structure d’économie sociale, à condition de bien définir son rôle et son fonctionnement et de réaliser un suivi de ses actions.

Abstract

Mediation, as a way of resolving conflicts, is being increasingly used in France throughout all sectors, particularly in the social economy and mutual insurance companies. Since July 1st 2000, the Mutualité sociale agricole (MSA, federation of agricultural mutual societies) has had an industry mediator who, in conjunction with the government ombudsman, is responsible for improving the quality of service for members. In an area as complex and highly regulated as that of social-welfare protection, where there is a culture of rules and regulations, the mediation approach answers a real need. It should bring some flexibility to the way in which rules are applied, possibly helping them to better adapt, and also give members a sense that they are being even better heard in defending their rights. This article shows the value mediation can have in a social-economy organization provided its role and operations are clearly defined and its actions monitored.

Article à consulter sur https://www.erudit.org/fr/revues/recma/2006-n299-recma01109/1021829ar/

« Repenser la résolution des conflits des entreprises à l’heure du défi climatique et de la transition » par David Lutran, avocat et médiateur (Edition 2024 du Guide DÉCIDEURS JURIDIQUES – Leaders League / Contentieux & Arbitrage)


« Réponse au défi climatique et à son impératif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (EGES),
le processus de transition (environnementale, énergétique…) à l’œuvre bouleverse sociétés et économies.
Cela, par la puissance des transformations – assimilables à celles de la révolution industrielle, mais amplifiées par la globalisation et la généralisation de l’intelligence artificielle – qu’il implique, elles-mêmes stimulées par une politique massive d’investissements justifiée par un impératif de rapidité. L’intensité conflictuelle d’une telle transformation doit être appréhendée de façon à accompagner les entreprises au mieux, pour en décrypter la complexité des enjeux et trouver les réponses idoines » (Extrait de linkedin.com)

En savoir plus sur https://www.linkedin.com/posts/david-lutran_r%C3%A9solution-des-conflits-d%C3%A9fi-climatique-et-ugcPost-7183851255125921792-xXpU/?utm_source=share&utm_medium=member_android

Article : « La médiation à travers le prisme de l’analyse économique » par Bruno Deffains, Myriam Doriat-Duban, Archives de philosophie du droit 2019/1 (Tome 61), pages 3 à 20


R ESUME . — Le constat d’une justice civile encombrée, associé à la volonté politique de moderniser la
justice, donne aujourd’hui un nouvel élan à la médiation. Cette volonté d’encourager le justiciable à
régler ses litiges à l’ombre du juge n’est pourtant pas nouvelle. Ce qui l’est en revanche, c’est son caractère
obligatoire pour les litiges qualifiés de « petits » mais aussi sa mise en œuvre par des plateformes en
ligne. Dans ce contexte, l’analyse économique de la médiation permet d’apporter un éclairage original,
parfois surprenant, à la fois sur l’apport du médiateur dans la négociation (en termes de correction des
biais cognitifs, de tempérance, de transmission d’information, de partialité) et sur la pertinence pour un
Etat d’encourager ce mode de résolution alternatif des litiges (capacité à pouvoir refuser, coût effectif,
timing optimal, contraindre ou encourager). Les quelques statistiques disponibles confortent l’efficacité
de ce dispositif, tant en termes de taux de résolution amiable que d’économie de coûts réalisée.

M OTS – CLES . — analyse économique – modernisation – justice

Article à consulter sur https://www.cairn.info/revue-archives-de-philosophie-du-droit-2019-1-page-3.htm