Article extrait du N°6 de La Revue des Médiations d’avril 2026, que j’ai eu le plaisir de coordonner avec Larbi Fekier, sur les « Courants et méthodes en médiation », en lien avec la Lettre des Médiations dans le cadre d’un hors-série n° 2.
Nous avons le plaisir de vous annoncer la publication du 6ème numéro de la Revue des Médiations : « «Courants et méthodes en médiation» , 123p. Il est publié en lien avec la Lettre des Médiations dans le cadre d’un hors-série n° 2,
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Robert A. Baruch Bush, l’un des fondateurs de la médiation transformative, est décédé le 27 février 2026. Pour lui rendre hommage, La lettre des Médiations reprend le texte publié par mon ami Olivier Chambert-Loir pour saluer sa mémoire :
« C’est avec beaucoup de tristesse que je prends enfin le temps d’annoncer ici le décès, à la fin du mois dernier, de Robert A. Baruch Bush. Peu connu du grand public, Baruch Bush était et restera pourtant une figure de la médiation, qui a apporté une contribution majeure à ce domaine. Diplômé de Harvard et de Stanford, conférencier et formateur reconnu à l’échelle internationale, il a enseigné avec passion pendant plus de 40 ans diverses matières juridiques fondamentales, mais aussi la négociation, et surtout la médiation. En particulier avec l’ouvrage The Promise of Mediation, coécrit avec Joseph P. Folger (1994, édition augmentée et modifiée en 2004), il a introduit et formulé le modèle, disruptif, de la médiation dite transformative. Par cette approche, il a redéfini le conflit comme une crise de l’interaction humaine plutôt que comme un problème à résoudre, et par suite comme une opportunité de (re)connexion et de compréhension mutuelle. Ainsi a-t-il également redéfini la médiation, à rebours de la seule recherche d’un accord ou encore d’une injonction à l’apaisement ou à la réconciliation, comme un soutien non directif des protagonistes dans leurs efforts pour recouvrer leur agentivité et (re)trouver ainsi, par eux-mêmes, le chemin d’une interaction constructive.
Au-delà du changement de paradigme majeur que cela représente pour les professionnels de la médiation, cette approche du conflit véhicule une vision du monde humaniste qui invite tout un chacun à conjuguer l’affirmation de soi en tant qu’individu singulier, et la connexion respectueuse à l’autre, semblable en humanité bien qu’irréductiblement différent.
Il manquera à toutes les personnes qui ont eu la chance de le côtoyer, et qui se souviendront de lui non seulement pour son intelligence exceptionnelle, mais aussi pour sa chaleur humaine, son humilité, sa générosité et son intégrité morale. Exemple lumineux d’un humain dont la vie est porteuse de sens, il savait mieux que personne écouter profondément, confronter et questionner avec respect, et révéler le meilleur de celles et ceux avec qui il interagissait.
Le hasard a voulu que la tristesse de voir partir notre ami et mentor vienne se mélanger à la joie de célébrer la naissance, la semaine suivante, de notre Association pour une Approche Transformative du Conflit (AATC)
Il se réjouissait justement de voir « son bébé » prendre ainsi son essor dans l’espace francophone, et nous n’en avons que plus à coeur de lui faire hommage en prolongeant patiemment et humblement son oeuvre.
En attendant d’évoquer plus amplement sa mémoire dans les prochaines semaines, je souhaitais partager ces quelques mots et cette photo « non officielle » de lui, encore plein de vie, prise à New-York en compagnie de Janet Mueller Muller et Dan Simon, 2 autres fellows et board members de L’Institute for the Study of Conflict Transformation«
Dans un contexte sociétal marqué par des tensions croissantes et un besoin renouvelé de dialogue, la pratique de la médiation est en plein essor et bénéficie désormais d’une légitimité institutionnelle reconnue. Cette évolution appelle la création d’un centre de recherche dédié, capable de consolider une discipline encore jeune au sein des sciences humaines et sociales.
C’est dans cette perspective qu’a été engagé le projet de préfiguration du Centre de Recherche « Médiation, Négociation et Société » (CREMENS). Ce centre a vocation à devenir un pôle de référence pour tous les chercheurs sur la médiation et la négociation ; il est , fondé sur une approche pluridisciplinaire et sur le dialogue entre les pratiques professionnelles et la recherche académique.
Porté par l’Ifomene (Institut de Formation à la Médiation et à la Négociation) de l’Institut Catholique de Paris, le CREMENS s’inscrit dans l’héritage institutionnel et intellectuel de l’ICP, dont l’histoire repose sur une philosophie du dialogue, une tradition d’ouverture interreligieuse, et une conception profondément humaniste de la relation à l’autre.
Genèse et contexte du projet
Depuis vingt-sept ans, l’Ifomene occupe une position de référence dans la formation à la médiation et la négociation en France. Son engagement constant dans la professionnalisation, la diversité de ses approches pédagogiques et son ancrage institutionnel en font un acteur naturel pour contribuer à la structuration académique de la médiation.
Ambitions et objectifs
Le CREMENS poursuit plusieurs objectifs complémentaires :
offrir à la communauté des médiateurs et négociateurs un espace de réflexion scientifique sur les pratiques, les postures et les dispositifs d’intervention ;
contribuer à la structuration de la médiation comme champ de recherche à part entière au sein des sciences humaines et sociales ;
favoriser le dialogue entre chercheurs, praticiens et institutions ;
produire des connaissances susceptibles d’éclairer les politiques publiques, les organisations et la société civile.
Activités
En 2026, un comité de préfiguration est chargé de définir le programme scientifique du CREMENS pour les trois premières années du centre.
Au cours de cette année de préfiguration, le CREMENS initiera notamment les activités suivantes :
Workshops interdisciplinaires et rencontres scientifiques en ligne pour structurer une communauté de chercheurs intéressés par la médiation et la négociation, et élargir les partenariats institutionnels
Création d’un fonds documentaire dédié à la médiation
Comité de préfiguration
Le comité de préfiguration a pour objectif de préparer la création du centre de recherche CREMENS. Il sera constitué de :
Frédérique Agostini, Magistrate, Conseillère à la Cour de Cassation. Présidente du Conseil National de la Médiation (CNM) et Présidente du Groupement Européen des Magistrats pour la Médiation (GEMME)
Dr Marie-Claire Belleau, Professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval, Médiatrice
Stephen Bensimon, Philosophe, médiateur (AME FFCM et Cour d’appel), Président-Fondateur de l’Ifomene, Professeur affilié ScPo ExEd
Dr Linda Benraïs, Professeure affiliée à l’ESSEC, Directrice des programmes IRENE en gouvernance et résolution des conflits, Médiatrice, Co-auteure du Guide Dalloz des MARD.
Chimène Bocquet, Directrice de l’Ifomene, CEDR accredited mediator
Dr Jean-Pierre Bonafé-Schmitt, Chercheur associé à l’unité de recherche Transversales – Université Lyon II. Auteur d’ouvrages et articles en médiation, rédacteur de la Revue des Médiations et de la Lettre des Médiations
Anne-Laure Brun Buisson, Médiatrice, Intervenante et membre du Comité d’Orientation de l’Ifomene, Responsable du programme de recherche-action « Le médiateur dans la Cité », Avocate à la Cour (honoraire)
Dr Véronique Fraser, Professeure de droit, Co-Directrice de la Maitrise en prévention et règlement des différends (PRD) à l’Université de Sherbrooke.
Dr Sèdjro Hountohotegbè, Professeur de droit, Co-Directeur des programmes de deuxième cycle en Prévention et Règlement des Différends (PRD) à la Faculté de Droit de l’Université de Sherbrooke.
Dr Paul Lignières, Vice-Recteur de l’Institut Catholique de Paris, membre du Comité d’Orientation de l’Ifomene, Avocat à la Cour (honoraire)
Dr Tiffany Morisseau, Chercheuse en psychologie cognitive, affiliée à l’ICP, spécialiste de la communication
Jean-Baptiste Van der Henst, Directeur de recherche au CNRS et Membre du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon. Ses travaux portent sur la perception des interactions sociales et la communication
Laurence Villeneuve, Médiatrice de l’ICP, Formatrice à l’Ifomene. Présidente de l’ONG Women’s WorldWide Web (W4), Membre du CA d’Avocats Sans Frontières et membre de l’ANM et du GEMME
Dans son livre, François Jullien interroge la médiation au-delà de la simple pratique empirique. Plutôt que de trancher comme le fait un juge, comment le médiateur peut-il créer les conditions d’un véritable dénouement du conflit ? Ce livre explore la logique profonde et l’art subtil de la médiation, pour en faire une véritable philosophie pratique. (Extrait)
Invités
Francois Jullien, est Philosophe, Helléniste et Sinologue, ancien Président du Collège international de philosophie et titulaire de la chaire sur l’altérité. En 2010, il a reçu le Grand prix de philosophie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. Ses nombreux ouvrages sont traduits dans le monde entier. L’ouvrage Dénouer a été publié par Rue de l’Echiquier. (Extrait)
Bertrand Delcourt, Avocat, Médateur, a été l’un des créateurs de Médiation 21 et membre du Conseil National de la Médiation (CNM). Il enseigne dans de nombreuses formations dont le Diplôme Universitaire de Médiateur de l’Ifomene. (Extrait)
Séance animée par Laurence Villeneuve et Antoine Rouher.
« Ce nouvel essai est le premier titre de la collection « Petites flèches », dirigée par François Jullien.
La médiation prend une importance croissante dans nos sociétés. Mais ne garde-t-elle pas un certain flou au dire des médiateurs eux-mêmes ? Qu’est-ce qui résiste donc, en elle, à notre pensée ? Ne sommes-nous pas mieux disposés à penser la figure du Juge qui « tranche » le procès de l’extérieur, de par sa seule autorité ? Plutôt que celle du Médiateur engageant un processus d’où puisse advenir le « dénouement » du conflit ?
Quand le conflit survient, comment dénouer ce qui bloque et rouvrir un avenir ? François Jullien propose ici une suite de concepts pour éclairer la logique de la médiation et l’art d’opérer, tels le « potentiel de situation », le « biais », l’ »amorce », la « viabilité » ou la « disponibilité » ; ou encore l’ »écart « , l’ »entre » et la « dé-coïncidence ».
Au « compromis » de la concession et de la demi-mesure si souvent invoqué, ne faut-il pas préférer le com-possible – soit un possible ouvert aux parties en conflit – libérant ainsi une voie féconde ? Une leçon de la Médiation qui, sans doute, vaut aussi en politique.
« Car il ne s’agit plus alors de trancher du Juste ou de l’injuste, mais de trouver une issue positive et concertée aux contradictions et différends rencontrés et pouvoir ainsi les “dénouer”. Par suite, de rendre nos relations plus heureuses et nos pratiques plus viables : le dénouement – par ce qu’il défait de blocage – n’est pas tant un achèvement qu’un avènement. Il lève le rideau sur de nouveaux possibles. » (Extrait dehttps://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7379871217488654336/ )
« L’étude proposée ici sur le contenu et le sens de la médiation sociale et interculturelle s’appuie sur une analyse des pratiques – diffuses ou professionnelles – à la lumière des théorisations ou conceptualisations empruntées aux sciences humaines et sociales, plus particulièrement la psychosociologie, l’anthropologie culturelle, la psychanalyse. L’auteur insiste sur l’institutionnalisation et la codification progressives des activités médiatrices depuis le milieu des années 1970 et sur leur insertion dans le corps des professions dites « nouvelles », dont la vocation est de faciliter et réguler la vie sociale, en traitant les tensions et conflits, selon des modalités diverses, mais toujours dans le respect d’une déontologie concertée et des valeurs cardinales de la société libérale démocratique. L’identité professionnelle des médiateurs s’est construite à mesure que se sont précisés et structurés les modèles et schémas de référence de l’intervention médiatrice, en même temps que se sont diversifiées les composantes démographiques et culturelles de notre société. » (Extrait)
« This study is about the content and meaning of social and cross-cultural mediation. It is based on an analysis of both professional and non-professional practices, viewed in the light of theorization and conceptualization taken from the social and human sciences, in particular, social psychology, cultural anthropology, and psychoanalysis. The author stresses the progressive institutionalization and codification of mediating activity which has been going on since the mid-1970’s, and their inclusion in professional groups known as « new ». The aim of such groups is to facilitate and regulate social life, dealing with tension and conflict by diverse means, but always with respect for deontology and the cardinal values of liberal democratic society. The mediator’s professional identity has been constructed in tandem with both the refinement and structuring of models of mediation, and the diversification of the demographic and cultural components of our society. » (Extrait)
L’article présente une analyse de l’innovation à travers divers champs de l’intervention et de la régulation sociale : médiation citoyenne, médiation familiale, droit collaboratif… L’auteur propose un examen des conditions d’émergence et de production de ces modes d’intervention sociale et juridique à l’aune des logiques d’innovation mises en avant par les acteurs impliqués : professionnels, experts, représentants d’association… Face à des situations sociales jugées insatisfaisantes, comment de « nouvelles » pratiques, renforçant notamment les capacités et l’inclusion des personnes, sont-elles développées et en quoi relèvent-elles de pratiques innovantes ? À travers un examen détaillé de ces pratiques et des discours des acteurs, nous proposons une modélisation idéal-typique de trois types de logiques d’innovation (transposables mutatis mutandis dans d’autres modes d’intervention sociale) fondées respectivement sur l’adaptation, l’importation ou la création d’une action. (Extrait)
The article presents an analysis of innovation through various fields of social intervention and regulation: citizen mediation, family mediation, collaborative law, etc. The author examines the conditions for the emergence and production of these modes of social and legal intervention in the light of the rationale for innovation put forward by the actors involved: professionals, experts, association representatives, etc. Faced with social situations deemed unsatisfactory, how are « new » practices developed, in particular to enhance people’s capacities and inclusion, and in what way are they innovative practices? Through a detailed examination of these practices and the discourses of the actors, the author proposes an ideal-typical model of three types of innovation logics (transposable mutatis mutandis to other modes of social intervention) based respectively on the adaptation, importation or creation of an action.