« Médiation: Gérer l’hostilité entre les parties » par Par Jean Poitras, Ph.D (conflits-strategies.com du 22/11/2011)


« L’hostilité entre les parties a généralement pour effet d’aggraver le conflit et d’entraver son règlement, voire l’empêcher. En effet, la réaction habituelle à une offense hostile en est une d’autodéfense et de fermeture, voire une contre-attaque. Rares sont ceux qui réagissent à l’hostilité en se montrant ouverts aux propositions de l’autre. C’est probablement la raison pour laquelle les recherches démontrent clairement que le niveau d’hostilité entre les parties est inversement lié au niveau de la collaboration. Plus les parties sont hostiles, moins elles sont en mesure de coopérer. Le médiateur doit donc désamorcer l’hostilité pour faciliter l’approche adoptée pour résoudre les problèmes. Pour traiter efficacement l’hostilité entre les parties, il faut d’abord bien cerner la fonction de l’hostilité dans le cadre de la médiation. On peut diviser l’hostilité en médiation en trois types: tactique, réactive et exutoire.

Hostilité tactique

L’hostilité peut être simplement une tentative d’intimidation dans le but d’obtenir des concessions dans le cadre des négociations. L’hostilité tactique se caractérise par une attaque contre autrui qui a souvent pour but d’affirmer son pouvoir à l’autre. Dans un conflit, elle peut se manifester sous différentes formes telles que la menace directe ou voilée d’une mesure coercitive ou encore une attaque verbale d’ordre psychologique destinée à détruire la confiance en soi de l’autre partie. Peu importe sa forme, l’hostilité tactique vise à réduire les attentes de l’autre partie pour l’inciter à envisager moins d’un règlement. Puisqu’elle vise à diminuer les positions des parties, cette forme d’hostilité est incompatible avec tout processus de règlement de différends axé sur les intérêts et s’inscrit plutôt dans une logique d’affrontement. » (Extrait de conflits-strategies.com du 22/11/2011)

En savoir plus sur http://www.conflits-strategies.com/2011/11/mediation-gerer-lhostilite-entre-les.html

1er Banquet de la Médiation : « LA PEUR EN MEDIATION », le 11/06/2023 à Barbizon (77630)


Inscription sur https://cemaphores.org/banquet-de-la-mediation/

Palabres de la médiation agile (visioconférence) : « deux pratiques innovantes de médiation et un groupe d’échange de pratiques  » le 19/04/2023, organisée par energeTIC


« Le 19 de chaque mois à 19h00, les palabres de la médiation agile offrent aux médiateurs et facilitateurs francophones de tous les continents un espace pour apprendre les uns des autres et pour un échange de pratiques.

Le 19 avril nous recevrons :

  • Jean-Edouard Robiou du Pont, qui expliquera notamment comment les cartes métaphoriques de la Stratégie du dédale contribuent à créer l’accord sur le désaccord
  • Lucie Tétégan qui évoquera la parenté à plaisanterie, seule méthode de médiation inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité, et elle expliquera comment elle contribue à construire la paix dans les communautés africaines.

Ensuite, nous expérimenterons un échange de pratiques de médiation, avec la méthode du Codev, à partir d’un ou deux cas réels proposés par les participants.

Le 19 mai, nous recevrons Jean-Louis Lascoux, auteur, initiateur de la profession de médiateur (2001) qui présentera le nouveau paradigme que fait émerger la médiation professionnelle, avec la technicité de l’ingénierie relationnelle et du référentiel de la qualité relationnelle. Aïcha Sangare exposera l’originalité des formations à la médiation professionnelle au regard des approches classiques de négociation, de médiation et de conciliation.

Les propositions de conférences pour les sessions suivantes et les cas proposés pour le groupe d’échange sont à adresser à alain.ducass@energeTIC.fr

La participation est gratuite, sur inscription préalable.(Extrait de eventbrite.fr)

Inscription sur https://www.eventbrite.fr/e/billets-palabres-de-la-mediation-agile-608069310677?aff=odeccpebemailcampaigns&utm_source=eventbrite&utm_medium=ebcampaigns&utm_campaign=15325959&utm_term=ctabutton&mipa=ABIdvVsB1PLAmG41aE8DebaJF5WYOHJ-n5lOWx4GXQVszaYKxHQyYdI8uH78Hd29hAo9fxrcc6xxaKbAFkAjVoP_EKSxqZn9JBVnrdhQJAUFFI4vxEJ5M5DBdx5cO8wbjVwUyDfo8_EEh3t6QlkMY91VjXOTT1Cf39_BmmR7w86HPIO9KF1k0bWcepn_AEglHAjlETdPu3LFGzG_3dhDC1zrWInyRGQyCeZO6-6SNNuO35Cknwv1SDxxQyvTU6-uS5c6-E6bCXQBmi8tXRmvRvs-lZpv2ravow

Article : « La médiation familiale : recherche d’une juste distance » par Florence Pradal, Marie-Cécile Simonnet de Sancy, Vie sociale 2022/3 (n° 39), pages 79 à 91


Résumé

L’article se propose d’analyser comment la médiation familiale, profession qui s’est inscrite récemment dans le champ social, a pu apporter de nouveaux paradigmes dans la distance habituellement observée par les professionnels de ce champ. Son traitement des conflits familiaux avec son mode d’accompagnement des séparations se révèle être une approche originale orchestrée par l’intervention d’un tiers médiateur neutre, impartial et indépendant, au sein d’un espace dédié, confidentiel, que les personnes choisissent librement d’investir pour tenter de résoudre elles-mêmes leurs différends. Toutefois, cette distance n’est pas exempte de paradoxes, comme nous le développerons dans cet écrit.

Family mediation: search for the right distance

This paper proposes to analyze how family mediation – a profession that has recently entered the social work – has managed to bring new paradigms to the relational distance usually observed by professionals in this field. Its way of dealing with family conflicts and accompanying separations is an innovative approach, orchestrated by the intervention of a neutral, impartial and independent third-party mediator within a dedicated, confidential space that people freely choose to invest, in order to attempt to resolve their own disputes. However, such distance is not exempt from paradoxes, as we will discuss in this paper. (Extrait)

Article à consulter sur https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-2022-3-page-79.htm?tap=it1b0ec70m05b&wt.mc_id=crn-tap-a-757627&contenu=resume

Livre à paraître (24/08/2022) : « Mediation conventionnelle et judicaire. 8 études de cas », Anaut Marie (dir.) Souche Lionel (dir.), In Press Eds, 2022


RÉSUMÉ

« Justice, commerces, domaines institutionnels, conflits familiaux… Un point sur le rôle de la médiation dans ces différents secteurs ! Phénomène discret dans un premier temps, la pratique de la médiation s’entend à des domaines attendus : justice, commerces, domaines institutionnels, conflits familiaux… Mais elle concerne aussi des terrains où elle relève davantage d’une articulation entre sensibilité et bricolages, dispositifs courageux ne répondant jamais à un strict protocole : dimension sociale, champ du handicap…
Il s’agit d’un exercice issu d’un authentique apprentissage entre techniques de gestion de conflits et animation au service d’une recherche de solutions. Bien plus encore, la posture du médiateur relève d’un savoir-être plus que de connaissances à articuler de manière décontextualisée. En marge de besoins premiers en matière d’imprégnation d’un cadre professionnel, ce livre propose un partage d’exercices exhaustifs de nature francophone à des fins de formation initiale ou de pratique avancée.
Cet ouvrage, rédigé par une équipe d’auteurs à la fois enseignants et praticiens, présente 8 cas concrets de dispositifs de médiation, familiale mais aussi conventionnelle, industrielle, juridique et commerciale. Si la médiation familiale est largement représentée, les autres champs seront significativement présentés : médiation sociale, professionnelle, juridique. L’objectif ambitionne de faire connaître une déclinaison pas à pas d’un processus de médiation dans ses différents domaines de spécialisation.
Les contributeurs sont choisis pour leur expertise et la reconnaissance par leurs pairs du maniement de cette démarche pour laquelle les ressources sont insuffisamment représentées dans la littérature actuelle. » (Extrait inpress.fr)

En savoir plus sur https://www.inpress.fr/auteur/marie-anaut/

Visioconférence : « Session euro-africaine avec le Clean language » organisée par SEAM le 19 juillet 2022


« Le 19 juillet à 9h00, venez découvrir le Clean language en médiation dans le cadre des SEAM

Nous serons accueillis selon la coutume africaine, suivie d’un temps d’éveil corporel et émotionnel tel que pratiqué en Clean Language,

Puis nous écouterons Philippe Lemaire, président de l’association française de Clean Language et Alain Ducass, médiateur assermenté près la Cour d’Appel de Paris, certifié en Clean Language. Ils évoqueront comment le Clean Language constitue une posture fondamentalement non-intrusive et un outil précieux pour la médiation.

Après une courte démonstration, les participants auront alors la possibilité de pratiquer des moments de médiation en trinôme à partir de l’outil de Clean Language. Après une mise en commun des apprentissages, la session se terminera comme chaque mois à 11h00 précises. La participation est gratuite moyennant une inscription préalable. » (Extrait)

Inscription sur https://www.eventbrite.fr/e/seam-session-euro-africaine-de-la-mediation-et-du-changement-tickets-204939799457

Visioconférence – IXème Atelier Professionnel : « La Co médiation : Pourquoi être deux quand on peut être seul ? » organisé par l’INSTITUT RÉGIONAL DE MÉDIATION OCCITANIE (IRMOC), le 16 Février 2022 à 18 heures


thème :
La Co médiation : Pourquoi être deux quand on peut être seul ?
Nos trois intervenantes seront:
Laetitia JANBON Ancienne Bâtonnière , Présidente et fondatrice du Centre de Médiation du Barreau de Montpellier créé il y a 20 ans.
Laurence UBERTI Avocate spécialiste en droit de la famille , Médiatrice depuis 20 ans, Vice Présidente et membre fondatrice du Centre de Médiation du Barreau de Montpellier
Catherine Alfonsi Avocate spécialiste en droit de la famille, Médiatrice depuis 20 ans , Membre fondatrice et administratrice du Centre de Médiation du Barreau de Montpellier
30 minutes pour les trois intervenantes, 1h de débat.

L’Atelier sera coanimé par Antonio FULLEDA et Isabelle DANIEL. » (Extrait de linkedin.com)

Inscription sur institutdemediation@gmail.com

En savoir plus sur https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:6896365138631299073/?updateEntityUrn=urn%3Ali%3Afs_feedUpdate%3A%28V2%2Curn%3Ali%3Aactivity%3A6896365138631299073%29

FORMATION (Belgique) : « Les vertus et les limites de la parole dans la pratique de la médiation » conférence interactive avec Mauricio GARCIA PENAFIEL, Docteur en psychologie et Psychanalyste (Ecole belge de Psychanalyse), Professeur à l’Université Saint Louis, 23/02/2022 -18 h 00 – 21 h 00  (En présentiel et à distance)


La seule arme de la médiation est la parole » (D.GANANCIA)

Sur base de ce postulat, le Professeur Mauricio GARCIA PENAFIEL invite le médiateur à réfléchir à sa pratique et à ses « taches aveugles ».Il entend ainsi pointer quelques vertus, limites et écueils propres à cet outil primordial qu’est la parole en médiation.💡Parler en médiation implique « désirer », « produire des idéaux » mais implique aussi le « transfert », le « mal entendre », « se reconnaître ». Avec son expérience de psychanalyste, l’orateur réfléchira avec nous aux effets qui s’attachent à la parole en médiation en abordant notamment les questions suivantes:

Quelle est la fonction de la parole en médiation ? Simple échange de mots ou satisfaction du désir ?

Pourquoi la réflexivité du médiateur est elle nécessaire aussi bien dans son discours que dans sa posture ?

Le « malentendu » est-il nécessairement un échec de la communication en médiation ?

Comment faire avec l’inévitable insatisfaction des parties en médiation dans leur besoin de reconnaissance?

Geneviève HERINCKX – avocate et médiatrice familiale – viendra ensuite illustrer les propos du conférencier en s’appuyant sur des situations pratiques en lien avec l’exposé, qui seront ensuite commentées directement par le Professeur Mauricio GARCIA PENAFIEL.

En savoir plus sur https://www.trialogues.be/events/les-vertus-et-limites-de-la-parole-dans-la-pratique-de-la-mediation/?fbclid=IwAR3nPcX7H68lw0goTmkskjxrhWetOBhAvnX0wGpN-NF5d4BXOVCccO8vPNo

ouvrage : Fathi Ben Mrad « Les médiations à l’ère des médiums digitaux- Vidéoconférence, auxiliaires interactifs et intelligence artificielle »,  L’Harmattan, 21/12/2021, 180p.


Couverture Les MEDIATIONS A L ERE DES MEDIUMS DIGITAUX

« L’usage courant de l’intelligence artificielle (IA) en médiation n’est pas une simple probabilité futuriste, mais un phénomène déjà manifeste. Dans ce champ de la médiation (familiale, pénale, d’entreprise…), les technologies intelligentes recouvrent un large spectre de modalités dont les applications concernent les médiateurs, les médiés et plus amplement l’espace des échanges qui ne peut plus être limité à la seule configuration physique de la rencontre. L’avènement des technologies réinterroge les modélisations académiques relatives à la configuration triangulaire de la médiation représentée par un tiers et deux médiés. Cette configuration apparaît en partie caduque du fait même de la présence d’un quatrième acteur qui est le médium. Ce médium revêt de multiples formes allant de la vidéoconférence à l’usage d’assistants digitaux interactifs fondés sur l’IA. Tout en appréhendant les principaux dispositifs déjà existants, F. Ben Mrad fournit une synthèse des recherches issues des sciences humaines et des sciences cognitives susceptibles de concerner les champs de la « e-médiation » :  dispositifs de contrôle des émotions, d’interprétation des données verbales et non-verbales, algorithmes d’aide à la décision fondés sur des critères complexes comme ceux de l’équité ou de l’anticipation …

De fait, les médiateurs et les médiés sont et seront plus enclins à transformer leurs manières de faire, d’échanger et d’agir. Ces dispositifs sont des facteurs d’efficacité accrue, mais aussi l’objet de diverses manipulations qui apparaissent contre-productives du point de vue de l’essence de la médiation. L’auteur propose également une réflexion sur les dimensions déontologique et éthique de « l’agir numérique » en médiation. »

Fathi Ben Mrad est cadre éducatif. Docteur en sociologie, il est chargé d’enseignement à l’Université Panthéon-Assas Paris II et à l’Université du Luxembourg. Il est également chercheur-associé au Department of Education and Social Work (Institute of Lifelong Learning and Guidance), Université du Luxembourg. (Extrait editions-harmattan.fr)

Livre à commander sur https://www.editions-harmattan.fr/livre-mediations_a_l_ere_des_mediums_digitaux_les_videoconference_auxiliaires_interactifs_et_intelligence_artificielle_fathi_ben_mrad-9782343249773-72006.html

« L’écoute empathique » par Catherine EMMANUEL (intermedies-mediation.com)


INTER-médiés La revue de la Médiation

« Combien de discussions stériles où chacun défend âprement son point de vue pour s’apercevoir, in fine, qu’ils ne parlaient pas de la même chose, voire même qu’ils étaient d’accord mais ne s’exprimaient pas de la même façon. Au mieux, on pratique une écoute projective en n’entendant que ce qui résonne dans notre propre cadre de référence, ou adhésive en n’entendant que ce avec quoi l’on est d’accord ; au pire, on pratique une écoute passive du cause toujours ou évaluative propre aux attitudes de Porter (évaluation, interprétation, investigation, solution, consolation). En d’autres termes, au lieu de prendre le temps d’écouter l’autre on cherche surtout à s’en faire entendre : la communication dégénère et le conflit apparaît.

Or, il existe une manière d’écouter qui favorise l’entente dans tous les sens du terme : l’écoute empathique, conceptualisée par Carl Rogers, psychologue américain humaniste (1902–1987) dont s’est inspiré Marshall Rosenberg en modélisant la Communication non violente (CNV). Initialement technique d’accompagnement thérapeutique (1), l’écoute empathique offre un intérêt majeur pour tous ceux qui souhaitent bien communiquer et gérer au mieux les conflits. De quoi s’agit-il exactement ?

L’empathie

Du grec en-pathéia, l’écoute empathique désigne la capacité de s’inscrire dans le monde subjectif d’autrui avec sensibilité, acuité, douceur, respect, neutralité et bienveillance pour le comprendre de l’intérieur en laissant de côté ses propres valeurs, croyances et besoins : la compréhension empathique est une « compréhension avec une personne et non à son sujet » (2). Précisons que, loin de toute contagion sentimentale, l’empathie ne saurait être confondue avec la sympathie, la compassion ou la pitié : « Sentir le monde privé du client comme s’il était le vôtre, mais sans jamais oublier la qualité du comme si – telle est l’empathie » (3).

Une écoute active

Ingrédient majeur dans le processus de communication non violent, l’écoute empathique est aussi appelée écoute active et implique huit comportements :

  1. être dans une posture d’ouverture, accueil, disponibilité et attention
  2. Faire silence pour pouvoir accueillir les mots de l’autre
  3. Donner des signes d’intérêt pour encourager la personne à poursuivre
  4. Regarder la personne et se mettre au diapason de son attitude
  5. écouter les mots clefs de la personne et les reprendre
  6. Se synchroniser avec son état émotionnel
  7. Poser des questions ouvertes de clarification
  8. Reformuler

Les vertus de l’écoute empathique

Se connecter à l’autre d’un point de vue émotionnel
Se connecter à ce qui est vivant en lui.(4)

Comprendre l’autre dans son propre cadre de référence
Entrer dans le monde personnel et intérieur de l’autre tel qu’il le perçoit. (5)

Montrer à l’autre qu’on l’a compris
Quand une personne souffre trop pour entendre les besoins de l’autre, nous lui donnons de l’empathie, en prenant tout le temps nécessaire pour qu’elle sache que sa douleur a été entendue.(6)

Clarifier les besoins profonds derrière les positions affichées
écouter le message qui se cache derrière le non nous aide à comprendre les besoins de l’autre. Quand il dit non, il dit qu’il a un besoin qui l’empêche de dire oui à ce que nous demandons. (7)

Gagner en tolérance
Ma compréhension de ces individus leur permet (…) d’accepter leurs propres craintes, leurs idées bizarres, leur sentiment du tragique de la vie et leur découragement ainsi que leurs moments de courage, de bonté, d’amour et de sensibilité. (8)

Gagner en conscience
C’est comme si la carte de l’expression des sentiments en était venue à correspondre de plus près au territoire de l’expérience émotionnelle réelle. (9)

Favoriser l’intercompréhension
Tout être est une île, au sens le plus réel du mot, et il ne peut construire un pont pour communiquer avec d’autres îles que s’il est prêt à être lui-même et s’il lui est permis de l’être. (10)

Favoriser l’auto-empathie
Mon intervention est plus efficace quand j’arrive à m’écouter et à m’accepter et que je peux être moi-même. (11)

Favoriser le changement
Quand j’ai été écouté et entendu, je deviens capable de percevoir d’un œil nouveau mon monde intérieur et d’aller de l’avant. (12)

Sortir d’une logique binaire
Lorsque les participants à une discussion se rendent compte qu’ils sont compris (…) il n’est plus nécessaire de conserver l’attitude de celui qui déclare : J’ai raison à 100 %, tu as tort à 100 %. (13)

Favoriser une solution amiable
La solution est obtenue en créant une situation dans laquelle chacune des différentes parties arrive à comprendre l’autre du point de vue de l’autre. (14)

Point de départ de toute communication réussie, l’écoute empathique est un « art de la présence » par lequel chacun peut s’inscrire dans une relation pacifiée de personne à personne : « Il n’est en aucune manière plus facile d’accepter vraiment une autre personne que de la comprendre. » (15)

Nulle surprise à ce que l’écoute empathique soit au cœur de la médiation, comme le montre le témoignage suivant : « Je voulais vous remercier pour l’importante séance de ce jour (…) parce qu’elle m’a permis de retrouver une voix, d’exprimer et de faire entendre ce qui ne l’était plus. (…) Vous avez remis en route quelque chose qui, bloqué chez moi, bloquait aussi la relation et la communication, et va redonner de la vitalité, là où je m’épuisais littéralement. Je vais pouvoir me remettre debout. »  (Extrait de intermedies-mediation du 17/01/2021)

En savoir plus sur https://intermedies-mediation.com/lecoute-empathique/

Livre : « Interactions communicatives en médiation. La construction d’un dialogue, » par BEN MRAD Fathi, Le travail du social, L’Harmattan, 2018, 189p.


Les ouvrages sur la médiation se multiplient et il est parfois difficile de faire des choix de lecture et celui de Fathi Ben Mrad mérite d’être lu. Son contenu  est très novateur en raison du sujet abordé celui des interactions communicatives dans le processus de médiation et qui a fait jusqu’ici  l’objet de peu d’études. Pourtant, la médiation est souvent définie comme un processus oral et paradoxalement il y a très peu, pour ne pas dire aucun ouvrage sur cette question. La grande majorité des ouvrages relatent des pratiques de médiation ou décrivent des techniques, mais aucun n’aborde vraiment ces interactions orales qui caractérisent les processus de médiation. En effet, comme le souligne Fathi Ben Mrad « la médiation a pour principal vecteur le langage, qui apparaît en même temps comme un instrument de réajustement de positions, de co-construction de sens et de transformation des relations » (p.9). On ne peut que regretter que cet ouvrage publié en 2018 n’est pas reçu un plus grand écho depuis sa sortie que ce soit de la part des revues de praticiens ou même celles en direction des universitaires. Pourtant dans le passé, l’auteur avait déjà publié en 2002 un ouvrage qui avait été remarqué aussi bien par les praticiens que par les chercheurs[1].

Avec ce nouvel ouvrage, Fathi Ben Mard, contribue à améliorer la connaissance du processus de médiation en adoptant une démarche qui se situe, « à l’intersection de deux disciplines que sont la linguistique et la sociologie » (p.10). C’est l’adoption de cette démarche qui donne à cet ouvrage un caractère novateur, car il ne limite pas simplement à présenter les techniques de communication, comme la reformulation, le questionnement, mais il rentre dans le cœur du processus de médiation en analysant, comment se construisent les interactions verbales permettant d’aboutir à ce que J. Habermas appelle « l’intercompréhension »[2]. C’est cette approche socio-linguistique adoptée par l’auteur qui caractérise l’originalité de cet ouvrage, car la médiation est souvent présentée comme un objet interdisciplinaire, mais qui se limite le plus souvent à une analyse socio-juridique. C’est pour cette raison que la lecture de l’ouvrage pour le profane peut se révéler difficile, car elle nécessite l’apprentissage de concepts, de terminologies propres à la linguistique. Mais Fathi Ben Mrad n’est pas seulement un chercheur, c’est aussi un praticien de la médiation, ce qui donne une certaine tonalité à son ouvrage. Il défend une approche « socio-pragmatique » en partant de l’idée qu’il est nécessaire « d’appréhender les médiations, non à partir des pensées ou des opinions de leurs interlocuteurs, mais à partir de leurs communications observées in situ » (p.10). Seule l’adoption de cette démarche permet, selon lui, de « regarder les choses en train de se faire car la médiation tout comme le social, dont elle fait partie, fait l’objet de constantes constructions et reconstructions » (p.10).

Pour expliciter sa démarche, l’auteur nous invite dans le premier chapitre à dépasser l’enfermement disciplinaire et d’appréhender la médiation d’une « manière plus holistique ». Dans cette perspective, il fait particulièrement bien ressortir que pour analyser les compétences dont doivent faire preuve les médiateurs dans l’exercice de leur fonction, on ne doit pas se contenter de celles acquises au cours des  formations. Il est nécessaire de prendre compte ce qu’il appelle une « intelligence pratique » que les Grecs ont dénommé la « métis » et qui fonde, ce que d’autres  appellent « l’art de la médiation »[3]. Cette « métis » est constituée à la fois d’astuces, d’habilités  expérientielles qui sont mobilisées par les médiateurs dans la gestion des interactions entre médiés et dont la connaissance nécessite que l’on les analyse dans les situations « en train de se faire » . Pour mener ce travail d’analyse, l’auteur mobilise aussi bien les travaux de la sociologie interactionniste que ceux issus de la linguistique. Mais il le fait d’une manière créatrice en les adaptant au champ de la médiation, car l’analyse des interactions communicatives ne relève pas seulement, selon lui, de la seule discipline linguistique.  

C’est dans le chapitre 2, que l’auteur, à partir de cas relevant principalement de médiation familiale, illustre particulièrement bien les « compétences en action » dont doivent faire preuve les médiateurs pour gérer les situations conflictuelles. Il revisite l’analyse du processus de méditation en ne se cantonnant pas à une simple description  statique et formelle de ces  différentes phases, mais en l’analysant d’une manière dynamique.  Il montre ainsi que « les habilités mobilisées par les médiateurs ne sont pas identiques lorsqu’il s’agit de s’adresser aux médiés sollicités et aux médiés demandeurs » (p.43). A l’aide d’exemples tirés de ces observations, il démontre aussi que la médiation ne repose pas seulement sur des monologues mais qu’elle est fondée sur « une intense activité argumentative » (p.50). Sur ce point, il a observé que les médiateurs, quels que soient leurs styles d’intervention, utilisent le mode interrogatif, pour « permettre aux médiés de « découvrir, comment ils perçoivent mutuellement leurs réalités intersubjectives » (p.53). Ce mode interrogatif est souvent précédé de locution du type « si j’ai bien compris » ou « ce que j’entends ici » ce qui permet au médiateur de faire confirmer par le médié, ce qui a été dit et pour l’autre d’entendre sa demande.

 Un autre intérêt de ce chapitre  est d’insister sur une notion qui a été peu reprise dans les ouvrages de médiation, celle du concept de « Face Threatening Acts (FTA) » de Brown et Levinson que l’auteur traduit par « acte menaçant pour les faces » et qui lui semble « approprié pour appréhender des dimensions interactionnelles en médiation » (p.58). En effet, jusqu’ici c’est surtout les concepts de « sauver la face », de « sauver les apparences » empruntés au sociologue Erving Goffman qui avaient été mobilisés pour décrire l’activité argumentative des médiateurs pour atténuer les propos ou les actes menaçants d’un médié à l’égard de l’autre[4].

Dans le chapitre 3 intitulé « Pratiques et postures en médiation », l’auteur revient sur les principaux modes de communication des médiateurs dans la gestion des entretiens en mettant l’accent non pas sur leur inclination ou non à la directivité, comme on le retrouve dans bon nombre d’ouvrages ; mais en démontrant que l’analyse des pratiques renvoie le plus souvent à « des pratiques hybrides situées en ce continuum de ces postures » (p.77). C’est tout l’intérêt de l’ouvrage de Fathi Ben Mrad de démontrer à partir de ses observations qu’au cours d’une même médiation, en fonction de l’évolution de la situation ou de son blocage, le médiateur peut passer d’une attitude non directive à une plus directive pour aider les médiés à surmonter leurs divergences.

Un autre point novateur de ce chapitre est la partie consacrée au « traitement des asymétries en médiation ». En effet, cette question pourtant cruciale en matière de gestions des entretiens a été peu abordée dans les ouvrages sur la médiation. On peut regretter que l’auteur, qui n’est pas avare de référence, n’ait pas cité le travail de Jean Poitras sur la médiation dans un contexte hiérarchique[5]. Pourtant, il s’agit d’une question cruciale pour les médiateurs, car il est assez rare de trouver des situations conflictuelles où les médiés se situent dans une relation égalitaire, c’est le cas en matière familiale, mais aussi en matière de consommation, en matière pénale, dans le domaine de l’environnement… C’est pour cette raison que l’auteur, à partir de ces observations, souligne à juste raison, qu’en matière de gestion de cette asymétrie, l’adoption d’une plus grande directivité de la part des médiateurs dans le but de rééquilibrer les rapports de force ne résout pas le problème. Selon lui, la situation est plus complexe, car « ce type de positionnement peut avoir pour conséquence d’être perçu comme partial par le médié (qu’il) que le médiateur considère comme « dominateur » (p.91). Pour gérer cette situation, il a observé que des médiateurs se focalisaient, « moins sur une volonté de rééquilibrage de pouvoir que sur le désir de s’appuyer sur les opportunités qui permettront de dégager un accord, quitte à adopter une « multi-partialité » au service d’un résultat escompté » (p.92). Il serait intéressant d’analyser sur le plan sémantique l’évolution dans le temps de la notion d’impartialité qui caractérise l’idéal-type de la fonction de médiateur. Dans le passé, Jacques Salzer, avait avancé cette notion de « multi-partialité » et actuellement, comme le mentionne l’auteur, on parle aussi de « pluri-partialité », de « neutralité multi-partiale », ce qui illustre bien le décalage pouvant exister dans la pratique entre l’attitude ou la position du médiateur par rapport au modèle idéal-typique.

Après avoir mis la focale sur les médiateurs, l’auteur consacre les deux derniers chapitres à analyser les « interactions communicatives » des médiés. Sans vouloir dévaloriser les trois premiers chapitres, les deux derniers, sont les plus novateurs, car comme il l’a bien souligné, il y a peu de recherches en la matière. En raison de cette situation, le champ d’analyse est donc vaste, et il s’est concentré dans les deux derniers chapitres à « dégager les principales manières dont les médiés interagissant avec les tiers » car selon lui « ces manières contribuent aussi à la construction et à la reconstruction des représentations sociales puisque celles-ci sont aussi le résultat de processus complexes émanant de ces interactions  » (p.101). Pour ce faire, il borde en premier lieu ce qu’il dénomme « la dimension proxémique en médiation, c’est-à-dire la gestion de l’espace par le médiateur et les médiés au cours de la rencontre. Cette gestion de l’espace par les interactants a fait l’objet de peu de recherches et pourtant, comme le souligne, l’auteur, le positionnement des médiés en médiation est déterminant pour le rétablissement de la communication.  Il permet médiateur et surtout aux médiés de capter les « effets para-verbaux (intonations, rythmes de parole…) et surtout non-verbaux (gestes, regards, mimiques faciales…) de l’énoncé d’un médié à l’autre médié et inversement » (p.105).

Dans le dernier chapitre, il aborde un autre point que tous les médiateurs ont pu constater dans leur pratique et qu’il dénomme le « trope communicationnel » (p.128). Il a emprunté ce concept à une linguiste Catherine Kerbat-Oreccchioni et il le définit comme « un énoncé qui n’est pas seulement destiné à l’allocuteur, c’est-à-dire le destinataire direct de cet énoncé, mais un autre destinataire présent physiquement » (p.128). C’est le cas notamment dans les situations où le médié s’adresse au « médiateur pour lui signifier un énoncé qui est en fait destiné à l’autre médié » (p.128). L’auteur souligne que ce « trope » se manifeste surtout dans « les échanges critiques et les reproches qu’ils soient manifestes ou latents entre médiés » (p.129). Cela se manifeste notamment par le pratique de l’ « iloiement » car l’emploi du « il » désigne « un tiers exclu explicite, un délocuté (l’aute médié ici) » (p.131). Il permet « au médié locuteur de marquer vis-à-vis du médié allocutaire une certaine distance, tout en le réifiant, en tout cas en déniant au moins momentanément une partie de son identité : père, conjoint… » (p.131)

Toujours dans ce même chapitre, Fathi Ben Mrad aborde un certain nombre de questions que rencontrent les médiateurs dans la gestion des entretiens comme ce qu’il appelle « le démasquage, le sous-entendu et le mensonge ». A partir d’exemples tirés de ses observations, l’auteur illustre ce qu’il dénomme le processus de démasquage « à savoir la dénonciation d’un fait « caché » ou la révélation du non-dit par le locuteur médié vis-à-vis de l’autre médié » (p.149).) Ce type d’attitude est assez courant en médiation, car il vise pour le locuteur médié, dans les situations très conflictuelles, à affaiblir l’image de son interlocuteur vis-à-vis du médiateur, voire à le disqualifier tout en s’évertuant de montrer de lui-même une image positive ( comme celle observée en médiation familiale)  « de  « bon père », bienveillant, à l’écoute de ses enfants… » (p.151).. La question de la gestion de propos mensongers invoqués par un des médiés est aussi abordée  par l’auteur qui souligne que, si « l’inclination au mensonge en médiation est moins importante que dans le prétoire judiciaire, c’est notamment en raison du positionnement des médiateurs qui ne sont pas à la recherche de la vérité et qui le plus souvent le font savoir » (p.160).

Un autre point que l’auteur aborde est celui de l’analyse de la manière dont les concessions se font entre médiés au cours du processus de médiation. Son analyse renouvelle les approches classiques qui sont tirées les plus souvent de la « négociation raisonnée » d’Ury et Fischer et de son pendant dans la médiation « la roue de Futiak »[6]. L’originalité de son analyse réside dans la mobilisation de concepts tirés de la socio-linguistique, comme par exemple la définition donnée par Christian Plantin de la concession. Ce dernier la définit comme l’action de l’argumentateur qui « modifie sa position en diminuant ses exigences ou en accordant à l’adversaire des points controversés » (p.164). Mais il apporte une précision importante, en reprenant les travaux de Moeschler et Spengler que la concession est une « stratégie argumentative hybride qui tient à la fois du compromis par l’accord qu’elle affiche (premier mouvement) et de la réfutation par la contradiction sur laquelle elle conclut (deuxième mouvement) » (p.164). Il ne s’agit toutefois pas d’une structure argumentative du type « oui, mais » qui est plutôt « une forme de politesse pour rendre la réfutation moins brutale et moins frontale » (p.164), mais plutôt d’une structure argumentative très courante en médiation « de type prémisse d’accord/refutation/accord » (p.166). Elle consiste notamment à montrer aux médiateurs et l’autre médié la valeur de la concession opérée.

En conclusion, il convient de souligner que l’apport de Fathi Ben Mrad est de profondément renouveler l’analyse du processus de médiation en partant de l’observation des interactions communicatives entre les médiés et le médiateur. En effet, il est souvent mis en avant la notion d’oralité pour définir le processus de médiation, mais celle-ci a été peu étudiée, que ce soit par les chercheurs ou les praticiens. On ne peut que partager son point de vue, lorsqu’il souligne que la parole n’est pas « l’outil mais le fondement du caractère constitutif de la médiation » (p.176). C’est pour cette raison que la médiation n’est pas une simple technique de gestion des conflits, mais un véritable système de régulation qui fait appel à une forme de « rationalité communicationnelle » pour reprendre l’approche de Jurgen Habermas et qui serait fondé sur une « éthique de la discussion »[7]. Ce type d’approche permettrait de démontrer la complexité des processus de médiation qui sont traversés par différentes logiques et qui peuvent être instrumentalisés par les différents acteurs privés ou publics.

On ne peut que conseiller la lecture de cet ouvrage dont la lecture n’est pas facile en raison de la rigueur conceptuelle dont fait preuve Fathi Ben Mrad, mais qui présente l’avantage de renouveler l’analyse du processus de médiation. L’ouvrage s’adresse en priorité aux  chercheurs, car cette analyse a été faite à partir d’une approche vraiment interdisciplinaire en mobilisant des concepts socio-linguistiques qui n’avaient pas été utilisés jusqu’ici. Il peut néanmoins être utile pour les formateurs qui pourront aussi trouver de nombreuses ressources pour étayer leurs analyses dans les jeux de rôle et autres exercices de mise en situation. Il s’adresse enfin aux praticiens car l’ouvrage fourmille d’exemples tirés de la pratique et il démontre la complexité du processus de médiation qui ne peut être réduit à la mise en œuvre de « recettes » comme on peut le voir trop souvent dans les ouvrages de médiation.

J-P BONAFE-SCHMITT

Groupe d’Etude Médiation -Centre Max Weber- Maison des Sciences de l’Homme- Lyon

Responsable pédagogique du DAS et CAS en médiation -Université de Genève


[1] BEN MRAD F., Sociologie des pratiques de médiation : entre principes et compétences, L’Harmattan, 2002

[2]HABERMAS J.,Théorie de l’agir communicationnel Tome 2, Pour une critique de la raison fonctionnaliste, Fayard, Paris, 1981

[3] BOURRY D’ANTIN M, PLUYETTE G, BENSIMON S, Art et techniques de la médiation, Edition Jurisclasseur-Pratique Professionnelle, Litec-LexisNexis, 2004,

[4] GOFFMAN E., Les Rites d’interaction, Paris, Éditions de Minuit, 1967, 

[5] POITRAS J. ? WISEMAN V. ? Comment réussir une médiation dans le contexte d’une structure hiérarchique ?

Négociations 2005/1 n° 3

[6] URY W.,FISCHER R.Comment réussir une négociation, Seuil, 2006

[7] FIUTAK T., Le médiateur dans l’arène : Réflexion sur l’art de la médiation, Erès, 2009