Retour en images sur l’atelier de médiation destiné aux enseignants qui a eu lieu les 3 et 4 décembre et animé par Leila Kassatly Rizk, médiateure et formatrice du Centre Professionnel de Médiation de l’ USJ Liban .
« Le collège Philippe-Cousteau a décidé de mettre en place un dispositif de médiation interne, pour gérer les petits conflits du quotidien entre élèves.
‘est la première année que le dispositif est mis en place au collège Philippe-Cousteau de Brienon-sur-Armançon. La médiation interne, par les pairs, fait son entrée dans l’établissement. Cidalia Ventura-Pereira, formatrice à l’Aroeven de Bourgogne et également éducatrice spécialisée libérale, est venue de Dijon pour former, pendant deux jours, une vingtaine de conciliateurs après une sélection déjà débutée l’an passé.
Des adultes pour coiffer le dispositif
Il s’agit d’adultes, pour coiffer le dispositif, comme le conseiller principal d’éducation (CPE), la documentaliste, une enseignante, la gestionnaire, une surveillante et deux accompagnatrices d’élèves en situation de handicap (AESH) mais aussi, et surtout, d’élèves de tous les niveaux de scolarité, volontaires et triés sur le volet avec lettre de motivation à l’appui.
L’objectif est d’utiliser la médiation par les pairs pour gérer des petits conflits quotidiens entre élèves. « Savoir être, respecter les autres, prévenir les incivilités, libérer la parole ou être à l’écoute sont les maîtres mots de ce dispositif », souligne Romain Sugier, le CPE.
Vendredi, l’horloge des émotions, avec la joie, la peur, la colère ou encore la tristesse, est venue enrichir le vocabulaire avant l’identification de ces sensations par un « photo langage » analysé individuellement par les collégiens médiateurs. Au programme également, la distinction entre objectivité et subjectivité, entre faits et interprétations, et enfin une mise en situation théâtralisée.
Au collège, une salle est spécifiquement dédiée pour recevoir les élèves en conflit, face à deux médiateurs titulaires et deux suppléants, sous le regard bienveillant des adultes, afin d’obtenir une solution adaptée et acceptée par les parties. « L’opération a un coût pour l’établissement, de l’ordre de 1.300 €, mais elle est très formatrice, pour les élèves bien sûr, mais aussi pour les adultes », ajoute Romain Sugier. – Cidalia Ventura-Pereira –
(*) Association Régionale des Œuvres Éducatives et de Vacances de l’Éducation Nationale. (Extrait de lyonne.fr du 26/11/2019)
« Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique annonce, mardi 26 novembre, le démarrage des activités des centres de médiation et de gestion de conflit au sein des établissements universitaires. Il s’agit de 14 centres universitaires de médiation : 13 centres qui seront établis dans les 13 universités tunisiennes et un centre national au niveau de l’administration centrale du ministère.
Dans une déclaration accordée aux médias en marge de la cérémonie de lancement, le conseiller du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique chargé de la communication et des relations publiques, Idriss Sayeh, a indiqué que ces centres sont composés d’une cellule administrative fixe (direction des ressources humaine et affaires juridiques…) et d’une cellule qui regroupe les acteurs concernés dont notamment des enseignants, des étudiants et des administratifs. Ces derniers bénéficieront de sessions de formation dans la médiation et la gestion des conflits.
Un cadre juridique a été élaboré pour réglementer la composition de ces centres et leur fonctionnement. Le projet prévoit aussi la création d’une plate-forme numérique nationale permettant de recevoir les plaintes et de rapporter les conflits potentiels, a déclaré Sayeh soulignant que “l’université publique restera ouverte à la société civile qui est aussi appelée à contribuer à la composition de ces centres”.
Les centres de médiation et de gestion de conflits sont l’une des composantes du projet de renforcement de la cohésion sociale dans le milieu universitaire qui s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la réforme universitaire, initiée en janvier 2017 par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.
Le ministère a entamé la mise en place de ces centres depuis 2 ans en collaboration avec le programme des nations unies pour le développement (PNUD), la fondation allemande Konrad Adenauer et l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC).
Selon la représentante résidente adjointe du PNUD en Tunisie, Alissar Chaker, les fonds alloués à ce projet s’élèvent à environ 2 millions de dollars. » (Extrait de webmanagercenter.com du 26/11/2019)
Le « modèle bruxellois » : le Service de médiation scolaire en Région de Bruxelles-Capitale
Peut-on pratiquer de la médiation au sein d’une école secondaire ? Est-il possible de créer un espace neutre, confidentiel, un « entre-deux » dans une institution qui est également un milieu de vie entre adultes et mineurs ?
Je voudrais évoquer ici mon travail au sein du Service de Médiation scolaire en Région de Bruxelles-Capitale (dépendant de la Direction générale de l’Enseignement obligatoire) qui relève ce défi depuis 1994.
C’est donc essentiellement ce service, où j’ai travaillé de 2005 à 2016, qui sera décrit ici car sa particularité est assez unique en Europe à ma connaissance.
En effet, bien qu’indépendant de la structure scolaire locale, le médiateur du Service de Médiation Scolaire en Région de Bruxelles-Capitale travaille à temps plein au sein d’une école secondaire et n’exerce aucune autre activité que de proposer de la médiation[1].
De la même manière que la loi de 2005 définit le cadre d’autres médiations (familiale, sociale, civile et commerciale), c’est en 1998 qu’un premier Décret institue et organise le SMS pour les écoles de la Communauté Wallonie-Bruxelles quel que soit le réseau auquel elles appartiennent a cette occasion, il est également créé en service en Wallonie mais dont les pratiques seront en partie différentes. Ce premier décret fut amendé en 2004 et en 2013 [2].
Au départ, il s’agissait d’intervenir prioritairement dans les écoles dites « en discrimination positive » (aujourd’hui, appelées « en enseignement différencié ») mais depuis 2004 le décret ouvre la possibilité d’étendre celui-ci à toutes les écoles.
Caractéristiques de ce service
Pour rendre compte de ce qui se pratique en matière « scolaire » en médiation, il paraît plus judicieux d’utiliser les termes de « médiation en milieu scolaire ».
D’une part, ce choix évoque un lieu, un espace de vie, voire un microcosme qu’est l’école plus qu’une « matière ». D’autre part, cela permet de mettre l’accent sur le terme « médiation » dans le sens commun à toutes les pratiques se référant à un processus de médiation, comme le propose Jacques Faget[3] en distinguant les médiations substantialistes (axées sur un contenu/objectif) et normatives (axées sur un processus/méthode). Il distingue également une catégorie fourre-tout dite nominaliste (qui se réclame de celle-ci !). La pratique en milieu scolaire est traversée par cette tension.
A Bruxelles, cinquante-six médiateurs (chiffres de 2014) travaillent dans ce Service de Médiation. Chacun d’eux occupe une permanence au sein d’une école qui a souhaité disposer de ce service. Celle-ci met un bureau à sa disposition qu’il occupe de manière exclusive. La neutralité et la confidentialité de cet espace lui sont garanties, c’est comme petite ambassade. Le médiateur y est indépendant et n’est donc pas soumis à la hiérarchie de l’école mais aux (deux) coordonnateurs du service dont les bureaux se situent à la Communauté Wallonie-Bruxelles, rue A. Lavallée à Molenbeek.
Et de fait, le médiateur est plongé dans ce milieu au quotidien, ce qui en fait une particularité de son travail. Il vit parmi ces futurs « clients ». Cette proximité lui permet d’entretenir un climat de confiance propice à actionner l’entrée en médiation. Ce faisant, il ne peut ignorer le contexte dans lequel il travaille tout en tenant sa posture de médiateur, neutre, indépendante et garante de la confidentialité des propos qui lui sont confiés.
Dans les autres formes de médiation, les personnes intéressées par la médiation (ou « envoyées » par un juge) prennent contact avec un médiateur par téléphone, le plus souvent, et conviennent d’un premier rendez-vous. Toute la recherche d’information, le questionnement, les éventuels conseils des uns ou des autres viennent en amont de cette première rencontre avec le médiateur dans son cabinet, même si cela n’empêche pas les solliciteurs d’encore questionner le médiateur sur le processus (souvent même, le médiateur s’enquiert lui-même de la genèse de leur démarche).
La particularité du « modèle bruxellois »
La particularité du médiateur en milieu scolaire est qu’il est déjà une figure connue au sein de l’école et qu’il participe d’une manière ou d’une autre à cette première phase. Il est accessible, il peut être questionné, voire même « testé » par tout un chacun.
Cette facilité demande au médiateur de la vigilance pour rester dans cet « entre-deux ». Ses paroles, ses actes, les lieux qu’ils traversent sont sous le projecteur de tous. Il faut donc veiller à manifester sa neutralité dans les gestes quotidiens : beaucoup écouter, parler peu, éviter les paroles jugeantes mêmes banales, être discret mais disponible, manifester de la bienveillance pour chacun mais sans familiarité excessive, etc… .
Il ne participe pas aux organes de gestion de l’école, ni au Conseil de classe (ou alors de manière ponctuelle pour faire une offre de médiation ou recevoir une demande, par exemple). Il ne rédige pas de rapport à qui que ce soit sur le contenu d’une médiation et ses participants. Par contre, il peut solliciter leur autorisation pour la nécessaire communication de certains éléments pour mettre en place cette même médiation. Il ne se positionne pas comme expert mais comme celui qui va faciliter le dialogue, la communication grâce à sa neutralité et au processus de médiation. Le médiateur est un passeur de confiance, un poseur de questions et non pas un « proposeur » de solutions ….
Bref, cette étape préalable, c’est sa façon de préparer le terrain.
Une autre caractéristique est que l’essence même de son travail porte sur le lien. A maintenir, à réparer ou à recréer. Le décret[4] parle de climat de confiance. Quoi de plus variable, d’imprévisible que le climat ? Et pourtant, il peut être « bon », « favorable » ou « mauvais ».
Or ce lien, il est obligatoire. Les élèves mineurs sont soumis à l’obligation scolaire et ils n’ont pas choisi leurs professeurs, et vice-versa. Il est donc à construire parce qu’enseigner, c’est avant tout une rencontre : entre l’élève et le professeur, entre ceux-ci et le savoir, savoir qui lui-même a été élaboré ou découvert par quelqu’un d’autre. Le médiateur travaille donc sur la perte de sens, le malentendu (ou plutôt « l’autre-entendu »), l’impasse, l’obstacle, la panne, la désaffiliation, le conflit, la rupture, etc …
Dans la palette des types de médiation, il pratique surtout la médiation transformative sans toutefois se priver d’autres outils selon le contexte et l’analyse qu’il aura faite de la demande.
Philippe Rase,
Médiateur
[1] « La médiation est un processus de création, de réparation du lien social et de règlement des conflits, dans lequel un tiers impartial, indépendant tente, à travers l’organisation d’échanges entre les personnes ou les institutions, de les aider à améliorer une relation ou à régler un conflit qui les oppose. » Extrait de la Déclaration d’intention de MEDISCOLA-Médiation en mouvement asbl, 2015.
[3]Médiations : les ateliers silencieux de la démocratie, Jacques FAGET, Collection : Trajets, Erès Poche – Société, 2015 (nouvelle édition)
[4] « Il est créé un service de médiation scolaire chargé de prévenir la violence et le décrochage scolaire dans les établissements d’enseignement secondaire, prioritairement dans ceux qui sont visés à l’article 4. (…) La médiation vise à favoriser, à conserver ou à rétablir le climat de confiance qui doit prévaloir dans les relations entre l’élève, ses parents ou la personne investie de l’autorité parentale, s’il est mineur et l’établissement scolaire. (…)Le médiateur veille à conserver la confiance qu’il a pu obtenir des élèves. A cet égard, il n’est pas tenu de révéler au chef d’établissement des faits dont il estime avoir connaissance sous le sceau du secret attaché à cette confiance. Par contre, il doit pouvoir révéler tout fait dont il a connaissance et qui est susceptible d’influer sur l’organisation ou la bonne marche d’un des établissements où il est affecté au coordonnateur dont il relève. Le médiateur veille à éviter tout acte, tout propos, toute initiative qui pourrait nuire à l’autorité du chef d’établissement. Le cas échéant, il prend conseil auprès de son coordonnateur et suit les directives qu’il en reçoit. »
Idem, extraits du Chapitre V .
« Qu’est-ce la médiation ? Il s’agit d’appréhender autrement le conflit à l’école. Il s’agit de faire du conflit une véritable opportunité éducative. Pour cela, il faut donner la possibilité à chaque élève de l’école d’exprimer ses besoins, de formuler des demandes, de clarifier ce qui est du domaine de l’émotionnel, du subjectif et ce qui est du domaine des faits, de l’objectivité. L’objectif est ainsi d’éduquer à la responsabilité et à la citoyenneté en formant des élèves volontaires à la médiation.
Le rôle des médiateurs est double : anticiper les conflits éventuels, notamment en récréation, en étant attentifs aux relations entre les élèves et en facilitant le dialogue. Il est aussi d’aider à la résolution du conflit, après coup, dans un cadre de médiation officiel avec l’aide d’un enseignant ou d’un animateur présent.
« L’ensemble de ce processus s’inscrit dans les orientations prioritaires du projet de l’école. Il a donc l’accord et l’implication de toute la communauté éducative de l’école. Il est complémentaire des autres formes de régulation de l’établissement, à savoir les conseils de classe et de délégués », souligne Marie-Lise Jégo-Guillou, la directrice de l’établissement. » (Extrait de ouest-france.fr du 25/10/2019)
Début octobre, un adolescent de 15 ans a été poignardé à mort aux Lilas en Seine-Saint-Denis, en marge d’un cours de sport. Pour tenter d’éviter ces drames, des médiateurs travaillent au quotidien à déconstruire la violence dans des collèges du réseau d’éducation prioritaire.
Bangaly Bamba, médiateur au collège à Bagnolet, tente de développer les comportements citoyens et de prévenir les conflits• Crédits : Rosalie Lafarge – Radio France
Il y a tout juste deux semaines, Kewi, un adolescent de 15 ans a été tué lors d’une rixe aux Lilas, en Seine-Saint-Denis, en marge d’un cours de sport. Un drame qui survient un an après la mort d’un autre jeune garçon, Aboubakar, 13 ans, lui aussi tué aux Lilas dans une rixe entre bandes. Pour tenter d’éviter ces drames, 72 médiateurs sont déployés dans les collèges du réseau d’éducation prioritaire et les écoles élémentaires qui y sont rattachées. Leur mission : développer les comportements citoyens et prévenir les violences.
Le calme règne en ce début d’après-midi au collège Jean Jaurès de Pantin. Mais ce n’est pas le cas tous les jours dans cet établissement classé REP+, réseau d’éducation prioritaire. On est ici dans un quartier où se concentrent les difficultés sociales, où la violence fait partie du quotidien et s’invite jusque dans les cours de récréation et les salles de classe. Ce lundi d’octobre, dans son petit bureau aux canapés gris répartis autour d’une table ronde, Marie Cotte, la médiatrice, a choisi de travailler avec des élèves de 5e sur la communication non-violente.
Autour de sa table ronde, Marie Cotte, médiatrice au collège à Pantin, fait réfléchir les élèves à la communication non violente• Crédits : Rosalie Lafarge – Radio France
Une personne de confiance
« Dans ces séances là, on aide les autres et les autres nous aident, cela permet d’avoir moins de conflit avec les camarades« , expliquent des élèves. « Si je ne me sens pas bien, je sais que je peux aller la voir et lui faire confiance, elle est plus concentrée sur nous que sur les études, elle fait attention à nous, c’est un peu comme un psy, on peut lui parler de tout ce qu’on a au fond de nous« , poursuivent-ils. « _Il y a beaucoup moins de bagarre depuis qu’elle est là, parce qu’_elle a su donner des conseils sur le fait qu’il ne faut pas se taper, mais plutôt discuter« , ajoutent encore deux garçons.
J’ai observé des jeux assez violents.
Marie Cotte, médiatrice
Elle, c’est donc Marie Cotte. Diplômée de médiation sociale, à 46 ans, cette ancienne assistante d’éducation au franc-parler naturel est devenue médiatrice en milieu scolaire. Elle est arrivée au collège Jean Jaurès fin mai. Et son travail a commencé par un mois d’observation. « J’ai observé des jeux assez violents, ils sont assez violents dans leurs interactions. On a l’impression que c’est naturel pour eux. Et pourquoi ils sont violents, ils ne savent pas répondre« , explique la médiatrice.
Une place particulière qui libère la parole
Elle a donc choisi d’axer son travail sur la prévention. Et sa place particulière lui a permis de gagner rapidement la confiance des élèves. « Je suis souvent dans la cour, dans les couloirs,je ne suis pas l’institution, et le fait d’être impartiale, neutre, tenue à la confidentialité, de ne pas sanctionner, cela libère la parole« , souligne Marie Cotte. Mais la confidentialité a ses limites : quand les problèmes dépassent son cadre déontologique et que l’élève est en danger, elle est tenue de répéter certaines informations.
Selon la médiatrice, son travail porte ses fruits :
Quand j’ai en médiation des élèves qui se sont battus et quand je leur explique quelle est la solution et comment on peut arriver à interagir différemment, ils comprennent. Ils ne deviennent pas forcément les meilleurs amis du monde mais ils arrivent à se respecter en sortant du bureau et ça tient. Je les amène vraiment à la réflexion, en leur demandant comment tu aurais pu agir différemment, quelle est la conséquence de ton acte maintenant, que va-t-il arriver après. Et cela les fait réfléchir. C’est beaucoup un travail de réflexion sur eux-mêmes et la solution finit par venir d’eux-mêmes.
Des établissements ciblés en fonction du climat scolaire
Aujourd’hui en France, entre 40 000 et 60 000 élèves sont concernés par ce dispositif. Des Hauts-de-France à la Guyane, en passant par Rennes, Nantes, ou la région parisienne. Un réseau chapeauté, au niveau national, par l’association France Médiation dont Laurent Giraud est le directeur. « On est _obligatoirement dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et dans des établissements qui sont en REP+ ou en REP_, assure Laurent Giraud. Dans le développement actuel, on est aussi sur des sites qui sont en cité éducative. Les établissements sont choisis en fonction du climat scolaire et sur proposition des structures associatives. Evidemment, l’établissement doit être volontaire, sinon il n’y aura pas de projet« .
Le projet de la médiation à l’école est né de la question du climat scolaire, selon Laurent Giraud : « Quand on a commencé des expérimentations en 2012, c’était vraiment le cœur du projet. Mais aujourd’hui, si on veut sortir de cette médiation réparatrice et être sur une médiation plus éducative, je pense que la place qui va être donnée au développement des compétences psychosociales des enfants, leur redonner confiance, savoir être dans un collectif, c’est aussi important. Parce que quand vous allez travailler sur ces compétences chez l’enfant, sur les questions de respect, de citoyenneté, de confiance en soi, de fait vous travaillez sur la question du climat scolaire, des violences et du harcèlement« .
Laurent Giraud, directeur du réseau France Médiation• Crédits : Rosalie Lafarge – Radio France
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Écouter « Si on arrive à faire en sorte que les enfants conscientisent que l’autre peut être une source de richesse, je pense qu’on aura gagné ». Laurent Giraud
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« Si on arrive à faire en sorte que les enfants conscientisent que l’autre peut être une source de richesse, je pense qu’on aura gagné ». Laurent Giraud
Quand vous faites comprendre à un enfant qu’il peut faire du mal à un autre enfant rien que par la parole parce que la parole peut tuer, vous travaillez de manière beaucoup plus forte parce qu’il conscientise ces questions là et vous travaillez forcément sur le climat scolaire.
Laurent Giraud, France Médiation
Éviter les conflits en développant les comportements citoyens et la culture du dialogue : voilà donc le premier axe de la médiation en milieu scolaire. Gérer ces conflits quand ils naissent malgré tout, c’est l’autre volet du travail des médiateurs. Et l’intérêt de leur action, de ce côté-là, est qu’elle dépasse les murs du collège. Le médiateur n’intervient pas seulement dans la cour ou les couloirs. Il est aussi présent aux abords de l’établissement.
La médiation dépasse les murs du collège
Nous voici désormais à Bagnolet, devant le collège Travail Langevin. Un grand bâtiment de briques rouges où sont scolarisés un peu plus de 500 élèves et où l’on retrouve le médiateur, Bangaly Bamba, à l’heure de la sortie. « C’est une heure de grande affluence et mon but est d’accompagner les élèves vers le chemin qui les mène à leur domicile« , raconte celui qui préfère se faire appeler Bamba. Il essaie de faire évacuer les lieux pour éviter les attroupements qui peuvent « aboutir à des chamailleries ou des bagarres« .
Le collège Travail Langevin de Bagnolet• Crédits : Rosalie Lafarge – Radio France
Plusieurs petits groupes se sont formés, et l’un d’entre eux attire l’œil du médiateur. Il a repéré des élèves d’un autre établissement de Bagnolet, le collège Pulitzer et notamment un adolescent connu pour être « un dur, très influent sur les autres gamins de Bagnolet« . Cela l’interpelle. « Quand il y a des élèves qui ne font pas partie du collège, j’ai tout de suite ce réflexe de comprendre pourquoi ils sont là. Parce qu’il y a des rivalités, ce ne sont pas les mêmes quartiers etce sont des conflits de quartier qui arrivent jusqu’aux portes de l’établissement« , justifie-t-il. À juste titre. Un peu plus tard et un peu plus loin, au coin de la rue, la situation se tend.
Le médiateur peut raccompagner des élèves chez eux
Le médiateur extrait rapidement un jeune élève d’un début de bagarre et le raccompagne à l’intérieur du collège. Il le ramènera chez lui. « J’ai senti le truc, explique Bamba, cet élève allait se faire frapper, les autres allaient filmer, c’est comme ça. Donc je vais le ramener chez lui et demain, il y aura un suivi, je vais essayer de comprendre ce qui s’est passé« .
Bangaly Bamba, médiateur au collège Travail Langevin de Bagnolet• Crédits : Rosalie Lafarge – Radio France
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Écouter Bangaly Bamba surveille les abords du collège Travail Langevin de Bagnolet pour désamorcer les conflits.
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Bangaly Bamba surveille les abords du collège Travail Langevin de Bagnolet pour désamorcer les conflits.
Son sourire le quitte rarement, Bangaly Bamba. Mais quand on évoque avec lui, dans son bureau, la mort de l’adolescent poignardé aux Lilas, son visage s’assombrit. « La situation aux Lilas me désole. Ce sont des choses qui peuvent arriver dans n’importe quel collège. C’est pour ça qu’il est hyper important qu’on puisse être aux abords de l’établissement. Et quand on a ce sentiment d’avoir réussi à désamorcer une bagarre, on se dit ouf quel soulagement. Finalement, _une seule information peut amener à désamorcer un conflit qui peut amener jusqu’à la mort_« .
Un complément précieux pour l’équipe éducative
Tendre l’oreille, dans les couloirs, à la cantine, devant le collège. Écouter, surveiller. Sa situation particulière au sein du collège donne l’occasion à Bangaly Bamba d’entendre et de voir des choses qui permettent de prévenir des situations compliquées et qui parfois, échappent au reste de l’équipe éducative. Sa présence est donc la bienvenue pour la principale du collège, Mathilde Soilleux.
La place du médiateur est différente de la nôtre.
Mathilde Soilleux, principale
« Sa présence est importante, note la directrice, elle est repérée par les élèves et il apporte un complément de ce que peuvent apporter les autres personnels de l’établissement. Sa place est différente de la nôtre, on utilise son savoir-faire, sa connaissance du territoire, sa connaissance des jeunes car il a travaillé comme entraîneur sportif et comme surveillant, donc il connaît les deux côtés des élèves. Il faut qu’on travaille à bien garder cette posture privilégiée et qu’on puisse la développer et s’en servir sur le territoire. C’est pour cela qu’on le fait travailler avec le médiateur de l’autre collège de la ville.On veut qu’ils soient repérés pas tous les élèves difficilespour pouvoir mener des actions de territoire et pouvoir limiter les risques de rixe qui sont un vrai phénomène chez nous« .
Mathilde Soilleux, principale du collège Travail Langevin de Bagnolet• Crédits : Rosalie Lafarge – Radio France
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Écouter « Le médiateur apporte un complément au travail des autres personnels de l’établissement », Mathilde Soilleux.
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« Le médiateur apporte un complément au travail des autres personnels de l’établissement », Mathilde Soilleux.
Le besoin de bâtir un cadre pour les élèves
Et Mathilde Soilleux l’assure : « On sent des effets dans l’attitude des élèves, on est tous sur le pont pour apaiser la situation, rappeler le cadre. Parce qu’on se rend compte que _ces élèves ne connaissent pas le cadre_. Ils ont un ensemble de règles qu’il tirent de leur vie familiale ou de leur vie dans la ville, mais pas tellement de la loi. Et l’idée est de leur rappeler la loi, de leur rappeler ce à quoi ils s’exposent. Mais aussi de développer leurs compétences psychosociales, de les faire réfléchir sur ce qu’ils font sans qu’ils aient la menace de la sanction. Ici, on est dans des situations sociales qui sont difficiles, précaires, tendues. Les enfants ont besoin qu’on adapte le cadre, qu’on leur explique bien les choses et qu’on prenne le temps« .
Ce qui est arrivé au jeune Kewi aux Lilas met de nouveau l’accent sur l’urgence à agir. Ce drame a d’ailleurs largement occupé la réunion hebdomadaire des médiateurs franciliens de l’association Citéo la semaine dernière. À l’issue de cette réunion, ensemble, ils ont décidé de tenter quelque chose avec les clubs de foot des différentes villes concernées, une façon de décloisonner les projets des uns et des autres.
La nécessité d’un projet partagé
« La logique de médiation est de mettre autour d’une table l’ensemble des acteurs de la vie du gamin« , met en avant Antonio Furtado, le directeur adjoint de Citéo. « Parfois, on a un mille-feuilles d’actions sur les territoires qui ne sont pas toujours partagées, coordonnées. Là, l’idée est d’avoir un jeu d’acteurs qui soit en permanence dynamique et qu’il y ait des espaces de rencontre, d’échanges et un projet partagé. Le rôle du médiateur est de favoriser cette rencontre pour co-construire des solutions. C’est collectivement qu’on aura des solutions« , assure ce professionnel de la médiation.
Les actions menées sur le territoire ne sont pas toujours coordonnées.
Antonio Furtado, Citéo
Ce partage des informations entre acteurs du terrain « permet de ne pas se tromper« , selon Antonio Furtado pour qui « _se tromper dans le diagnostic, c’est déjà pratiquement se tromper sur le projet_, et comprendre les projets des uns et des autres, c’est pouvoir proposer ou faire évoluer les actions dans le sens d’un projet global et territorial. Il ne faut pas que chacun fasse son truc dans son coin« .
Baisse de la violence, du harcèlement et de l’absentéisme
Cette approche globale, qui dépasse l’enceinte du collège, semble porter ses fruits. C’est en tout cas ce que montre une équipe de chercheurs du Laboratoire d’évaluation des politiques publiques de Sciences Po. Nina Guyon, chercheur à l’université nationale de Singapour, nous en livre les principaux résultats. « On a trouvé une diminution du taux de violence verbale, physique et psychologique, et du taux de harcèlement. Et on la trouve en particulier pour les enfants qui sont les plus sujets à la violence : au collège ce sont les garçons de 6e. C’est pour eux qu’on trouve la diminution de harcèlement la plus forte. La probabilité de se sentir harcelé baisse de 46% pour les garçons de 6e, donc c’est vraiment un effet très fort« .
Les effets de la présence d’un médiateur sur le harcèlement ressenti par les élèves, selon l’étude de Sciences Po.• Crédits : Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques
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« La probabilité de se sentir harcelé baisse de 46% pour les garçons de 6e, donc c’est vraiment un effet très fort ». Nina Guyon
Mais ce n’est pas tout : « on trouve des effets sur l’amélioration de la relation entre la famille et l’École, il semble que ce médiateur permet de rapprocher les familles et l’École, de renforcer ce lien, et de manière vraiment intéressante. On trouve enfin une diminution de l’absentéisme à la fois pour les élèves (la proportion d’élèves qui disent sécher les cours diminue de 30%) et _on trouve aussi une très forte diminution de l’absentéisme chez les enseignants_, ce qui est assez crucial car la violence dont les enseignants souffrent du fait des problèmes sociaux dans les zones urbaines sensibles est un problème important. Le pourcentage d’enseignants absents par jour diminue drastiquement : de 52% à 18%. C’est vraiment une baisse très très forte qui, je pense, peut être un élément clé pour améliorer le climat scolaire de l’école dans les quartiers les plus difficiles« , poursuit Nina Guyon.
Les limites du modèle économique de la médiation
Les effets désirables du médiateur s’accompagnent malgré tout d’une difficulté principale : le modèle économique de la médiation à l’école. Elle repose aujourd’hui sur des financements publics, notamment les fonds de la politique de la ville et dépend donc des choix et des orientations politiques. Et puis, les médiateurs ne sont pas payés des mille et des cents : 1 300 euros net par mois. Cela engendre un certain turnover, un certain roulement dans les effectifs. Mais il en faudrait plus pour décourager les défenseurs du dispositif.
Parmi ces défenseurs, Fadela Benrabia, préfète déléguée pour l’égalité des chances de la Seine-Saint-Denis. « Je crois beaucoup à la question de la médiation, affirme-t-elle d’emblée. Parce que je pense que dans un pays extrêmement clivé, la culture de la médiation, c’est-à-dire de l’apaisement, est quelque chose que nous devons construire. Cela veut dire qu’il faut que, chaque fois qu’on le peut, on intègre des techniques de médiation comme méthode de relation, qu’on ne laisse pas des parties qui s’opposent s’opposer durablement. Evidemment, s’agissant d’élèves, de jeunes, c’est là que nous pouvoir avoir le poids le plus important en terme de résultats« .
Dans un pays extrêmement clivé, il nous faut construire cette culture de l’apaisement.
Fadela Benrabia, préfète à l’égalité des changes
Une approche globale pour diminuer la violence sur un territoire
La médiation en milieu scolaire est un levier pour diminuer la violence sur un territoire, Fadela Benrabia en est persuadée. Mais elle est également convaincue que la médiation seule ne réglera pas tout. « _Il faut une vraie politique de prévention de la délinquance_. Il faut aussi s’attaquer aux trafics de stupéfiants qui entourent les établissements et qui sont souvent à l’origine de règlements de comptes d’une violence terrible. Il faut aussi travailler avec les familles, on peut travailler avec elles grâce aux médiations, mais pas seulement, il faut que l’institution scolaire poursuive son travail là-dessus ».
« La médiation est un élément important pour irriguer une culture de l’apaisement et du dialogue. Mais pour y arriver, il faut qu’on soit dans des actions coordonnées, qu’on y travaille ensemble. Cet effort d’articulation des uns et des autres est absolument essentiel.Le pari aujourd’hui, c’est la bonne coordination des acteurs« , conclut la préfète déléguée à l’égalité des chances. (Extrait de franceculture.fr du 18/10/2019)
« S’engager en faveur de la médiation, à raison d’une quarantaine d’heures en plus du temps scolaire, méritait bien une petite récompense. Un diplôme et quelques secondes sous le feu des projecteurs du Forum Geesseknappchen, au lycée Aline Mayrisch. Ce jeudi soir, 219 personnes ont ainsi été honorées pour leur investissement durant l’année 2018-2019.
Sur base du volontariat, tous ces médiateurs ont appris à gérer les conflits et communiquer. Une démarche utile à tous les âges de l’école et même après. «Souvent cela crée des envies, on retrouve ces élèves plus tard dans des métiers où ils mettent en avant la médiation, instituteurs, avocats…», souligne Marette Kayser, enseignante et coordinatrice du projet «médiation entre pairs» au lycée Aline Mayrisch.
«Une formation pour la vie »
Ce projet fête ses 20 ans au niveau des lycées du pays. Mais il concerne aussi l’école fondamentale, l’école européenne et même, pour la première fois, les maisons relais. Ainsi de nombreux diplômés jeudi soir étaient des élèves parfois très jeunes, mais aussi des adultes en formation continue et leurs accompagnateurs.
Ils s’ajoutent à la longue liste des médiateurs déjà formés chaque année scolaire depuis 1999. «C’est une formation pour la vie», appuie Mme Kayser. Et c’est d’autant plus vrai face aux problèmes grandissants de harcèlement. «Certaines personnalités politiques devraient s’inspirer de la médiation», relevait pour sa part le ministre de l’Education nationale, Claude Meisch, présent jeudi soir. » (Extrait de lessentiel.lu du 17/10/2019)
« Au collège de Beauce-la-Romaine, un travail est mené sur la prévention des sanctions. Des médiateurs interviennent auprès de leurs pairs en cas de conflit.
Avec l’avènement des réseaux sociaux, les violences (notamment psychologiques) et les conflits entre adolescents sont devenus plus insidieux qu’ils ne l’étaient voilà quelques années. En quête de reconnaissance sur Internet, les jeunes mesurent l’affection qui leur est portée à leur popularité sur la toile, et les moqueries, les comportements de rejet s’y exercent, à l’inverse, au vu de tous. A leur arrivée au collège René-Cassin de Beauce-la-Romaine, voilà quatre ans, Sylvia Simon-Gavinet, principale, et Virginie Souverain, conseillère principale d’éducation (CPE), ont constaté que l’établissement était le théâtre de situations de harcèlement. « Tout s’y joue, expliquent-elles. Les élèves, presque tous transportés [en car], ne se voient pas forcément à l’extérieur. »
Pour les deux femmes, il s’est agi de chercher un moyen à la fois d’épauler les enfants en souffrance et d’éviter d’aboutir à des sanctions pouvant aller jusqu’à l’exclusion. L’établissement a fait intervenir l’association Médiacteurs, afin de faire naître chez les jeunes des compétences psychosociales. Dans un premier temps, la formation, à raison de dix ou onze séances de deux heures, a concerné les cinquièmes ; désormais, les sixièmes en bénéficient également. En fin de deuxième année de collège, des volontaires peuvent solliciter un apprentissage plus poussé de la médiation par les pairs, d’une durée d’une demi-journée. Ce processus, très réglementé, consiste, pour deux adolescents, à permettre à deux de leurs camarades ayant un différend d’exprimer leurs besoins, leurs émotions et d’analyser les valeurs qui, en eux, sont heurtées par le comportement de leur adversaire. L’objectif est d’aboutir à une solution – sans perdant ni gagnant, insistent Sylvia Simon-Gavinet et Virginie Souverain.
Les équipes pédagogiques ont été sensibilisées. Une initiative intéressante aux yeux de la principale, en raison de l’évolution du lien entre les enseignants et les élèves qu’elle a provoquée. Ces derniers sont, à présent, « davantage perçus dans leur globalité ». En outre, avec le concours de l’inspecteur de l’Éducation nationale de la circonscription, Philippe Bagot, qui a permis aux professeurs des écoles du secteur de bénéficier de temps, le collège a entrepris l’an passé de financer une formation pour les personnes ayant en charge des classes de CM1-CM2.
L’existence du dispositif de médiation – pour lequel une salle spécifique, équipée de fauteuils et de documentation, a été aménagée – n’a pas mis fin à l’existence de la sanction, qui s’efforce cependant d’être « pleinement comprise », après déconstruction et analyse du problème qui l’a générée, précise Sylvia Simon-Gavinet. « Parfois, la nécessité de poser un cadre » est manifeste – lorsqu’une difficulté persiste ou se reproduit, par exemple. Diminution du nombre d’exclusions Le travail mené a néanmoins permis la réduction du nombre d’exclusions et a conduit certains élèves-médiateurs – le collège en compte actuellement près d’une trentaine – à gagner en maturité et en assurance. « Ils portent un regard différent sur la cour de récréation et investissent davantage la sphère collective », remarque l’équipe pédagogique. » (Extrait ms-settings du 24/09/2019)
La violence est une notion des plus obscures. Il me semble assez judicieux de dire qu’elle « est ce qui m’arrive et que je perçois comme telle »1. Chacun ne perçoit pas la violence de la même manière, on parle même des « violences » au pluriel.
Le monde scolaire n’échappe pas à cette perception. En effet, la violence à l’école est un concept difficilement mesurable car les indicateurs que l’on peut utiliser sont multiples2: cela peut être les sanctions disciplinaires prononcées (colles, avertissements, renvois…), les infractions pénales (problèmes de stupéfiants, atteintes aux biens, racket…), les incivilités (nuisances, bousculades…). C’est une notion d’autant plus complexe qu’elle est empreinte de subjectivité : un élève peut être traumatisé par un regard mais voir la bagarre comme un jeu ; un chef d’établissement peut ne pas déclarer certains incidents afin de ne pas « noircir » l’image de son école…
Ainsi, même si la violence est difficilement définissable, elle est toujours constatée dans les établissements scolaires, à plus ou moins grande échelle, et est le facteur majeur des souffrances vécues par l’adulte de la communauté éducative ou l’élève. La violence fait peur car elle est synonyme de menace contre l’ordre établi, transgressant les règles élémentaires de la vie en société3. Elle est d’autant plus terrifiante qu’elle fait partie intégrante de notre nature humaine et de nos pulsions.
C’est dans ce contexte qu’intervient la thématique de gestion des conflits. Le conflit peut se définir comme une « violente opposition de sentiments, d’opinions, d’intérêts »4 : il est synonyme d’opposition, d’antagonisme, de lutte, de discorde. Le lien entre violence et conflit est d’autant plus exacerbé que les conflits sont extrêmement diversifiés : structurels, de valeurs, relationnels… Ils sont finalement inhérents à toute vie sociale et en permettent la régulation5. Face à cette diversité impliquant nombre de souffrances, chacun adopte sa propre manière de gérer les conflits : on peut le fuir ou ne pas y répondre ; on peut le régler par soi-même ou avec un pair ; on peut le reporter à son supérieur… ou faire appel à un tiers.
La médiation intervient en ce sens et ne cesse de se développer. Elle nous est tous familière car elle se pratique au quotidien. Cette « médiation des différences »6 inclut un tiers (entourage, collègues, amis, famille…) qui nous permet souvent de créer des liens alors inexistants, recréer des liens distendus, pour construire le lien social ou en combler les déficits. Pourtant, la médiation existe également sous un registre plus ciblé, celui des conflits (médiation des
1 Debarbieux, E. La violence dans la classe. ESF Editeur (Paris), coll. Sciences de l’Education, 1990, p.22.
2 Bonafé-Schmitt, J-P. La médiation scolaire par les élèves. ESF Editeur (Paris), coll. Actions Sociales / Confrontations, 2000, p.58.
3 Debarbieux, E. La violence en milieu scolaire. ESF Editeur (Paris), 1999, p.19.
5 Reynaud, J-D. Conflit et régulation sociale : esquisse d’une théorie de la régulation conjointe. In « Revue française de sociologie », vol. 20, n°2, 1979, p. 367-376.
6 Guillaume-Hofnung, M. La médiation. Puf (Paris), coll. Que sais-je ?, 2015, p. 68.