La médiation, un outil pas assez utilisé par les entreprises


Les Echos

« La médiation gagne du terrain dans le monde des affaires, comme en témoigne le Centre de médiation et d’arbitrage de Paris (CMAP), qui a traité 350 dossiers l’an dernier. Mais les entreprises sont encore méfiantes.

Dans les locaux feutrés du Centre de médiation et d’arbitrage de Paris (CMAP), à deux pas des Champs-Elysées, des centaines de conflits se résolvent en toute discrétion. Rupture de contrat abusive, accusation de harcèlement, conflits entre services, marque spoliée, colis commandé mais jamais arrivé… Créé en 1995 par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIMP), le CMAP est aujourd’hui, avec 350 dossiers traités l’an dernier par un panel de 150 médiateurs, un des principaux lieux de résolution des litiges du monde des affaires.

D’après  son dernier baromètre publié en juin 2017, quasiment la moitié des conflits ont porté en 2016 sur l’exécution des contrats (42 %), suivie par les conflits sociaux à 21 %, et par la cession d’entreprise à 16 %. Les saisines liées à la consommation ont aussi fait leur entrée depuis l’obligation – au 1er janvier 2016 – faite aux entreprises d’offrir à leurs clients la possibilité de saisir un médiateur.

Des différends supérieurs à 1 million d’euros

La France n’est pas en avance dans ce domaine, au contraire des pays anglo-saxons. Mais l’idée gagne du terrain. Le CMAP a vu le nombre de dossiers augmenter de 15 % en 2016. Plus de 25 % d’entre eux ont porté sur des différends supérieurs à 1 million d’euros. « Ce n’est plus uniquement réservé aux petits dossiers, nous traitons maintenant de gros enjeux financiers », confirme Bérangère Clady, responsable des dossiers de médiation et d’arbitrage au CMAP.

Pourtant, les entreprises ont tout intérêt à privilégier cette étape qui évite les procédures judiciaires. Gain de temps d’abord puisque, d’après le CMAP, la médiation dure moins de 20 heures dans 78 % des cas. Economique ensuite. Dans 44 % des dossiers, le coût s’élève entre 3.000 et 6.000 euros. Et enfin, il est possible de sortir du dispositif à tout moment. »  -M. Kindermans-(Extrait de lesechos.fr du 14/03/2018)

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-pme/0301390322870-la-mediation-un-outil-pas-assez-utilise-par-les-entreprises-2161037.php#mkYh303qhSFyHkdL.99

Colloque : Quels modes amiables de règlement des différends en matière économique et sociale ? 22/03/2018 – Cour d’appel de Paris.


Capture.PNG32.PNGEn savoir plus sur http://blog.gemme.eu/2018/03/13/colloque-a-la-cour-dappel-de-paris-quels-modes-amiables-de-reglement-des-differends-en-matiere-economique-et-sociale/

Radio FranceInfo : Pierre Pelouzet (médiateur des entreprises) : « Chaque jour, 30 à 40 PME ferment en raison de retards de paiement »


Pierre Pelouzet, le médiateur national des entreprises, était l’invité de l’interview éco mardi 20 février sur franceinfo. Il est chargé par le ministère de l’Économie et des Finances de trouver des solutions lorsqu’il y a conflit dans le monde de l’entreprise. Ses services ont montré, dans le rapport d’activité 2017, une augmentation des saisines, malgré la reprise économique en France.

franceinfo : Pour vous, les clients qui ne payent pas les fournisseurs dans les temps sont un fléau. Cela oblige-t-il parfois les entreprises à mettre la clef sous la porte ?

Pierre Pelouzet : Oui, même si les choses s’améliorent. Les retards de paiement diminuent année après année. Aujourd’hui en France il y a dix jours en moyenne de retard sur les factures dues. Cela veut dire 10 milliards d’euros dans les caisses des grands groupes plutôt que dans celles des PME fournisseurs. C’est la cause de 25% des faillites d’entreprise : chaque jour 30 à 40 PME disparaissent car elles ne sont pas payées par leurs clients.

Une enquête récente montre une baisse des défaillances d’entreprises, mais celle des entreprises de taille intermédiaire augmente. Comment expliquer cela ?

Globalement cela s’améliore, on voit la reprise économique. Mais il existe un certain nombre d’entreprises de taille intermédiaire qui souffrent comme les petites. Quand on a plus de commandes car l’économie va mieux, on doit les financer. Ces entreprises doivent donc acheter des matières premières, embaucher des salariés, acheter des machines et si elles ne sont pas payées en temps et en heure, cela les met en grosse difficulté. La reprise peut même avoir un effet multiplicateur sur les retards de paiement. Cela pose un problème de confiance : avant d’investir et d’embaucher, vous attendez.

Est-ce un problème spécifiquement français ?

Il y a de grandes caractéristiques : l’Europe du Nord paye bien, l’Europe du Sud paye mal. La France est au milieu du gué : sur dix factures, la moitié sera payée à l’heure, l’autre en retard, et vous ne savez pas lesquelles. Donc pour faire un plan de trésorerie il faut une boule de cristal, et cela explique les difficultés à investir et à embaucher. (Extrait de francetvinfo.fr 

Vidéo à consulter sur https://mobile.francetvinfo.fr/replay-radio/l-interview-eco/pierre-pelouzet-mediateur-des-entreprises-chaque-jour-30-a-40-pme-ferment-en-raison-de-retards-de-paiement_2595962.html#xtref=acc_dir

Affaires : vers un échec de la médiation Mediaset-Vivendi


UN ACCORD MEDIASET-VIVENDI PEU PROBABLE AVANT LES ÉLECTIONS

« La médiation engagée pour tenter de régler le contentieux opposant les groupes italien Mediaset et français Vivendi semble s’orienter vers un échec, a-t-on appris mercredi de sources proches du dossier.

« Les négociations ne sont pour le moment pas parvenues à bonne fin », ont indiqué ces sources, en précisant qu' »il n’est jamais arrivée une proposition concrète ». Contactés par l’AFP, Mediaset, groupe aux mains de la famille du magnat Silvio Berlusconi, et Vivendi se sont refusés à tout commentaire.Selon les sources proches, le médiateur a convoqué les parties lundi, et il est très probable qu’il constate l’échec de la procédure de médiation. Le lendemain, une audience est prévue devant un juge du tribunal de Milan, qui devrait donc lancer de facto la procédure judiciaire.

Fininvest, la holding des Berlusconi, et Mediaset réclament au total trois milliards d’euros de dommages et intérêts en justice à Vivendi, selon les chiffres publiés par le groupe français.  » (Extrait de lefigaro.fr du 21/02/2018)

En savoir plus sur http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2018/02/21/97002-20180221FILWWW00296-vers-un-echec-de-la-mediation-mediaset-vivendi.php

Colloque : « quels modes amiable de règlement des différends en matière économique et sociale », 22/03/2018 – Cour d’appel de Paris.


 

 

Extrait de https://twitter.com/inter_medies?lang=fr

Une chambre interrégionale de médiation et d’arbitrage (Cima) pour le Lot-et-Garonne, le Gers et le Lot


François Bizieux, président de la Cima./ Photo DDM, Jean-Michel Mazet

« Créée en juin dernier, la chambre interrégionale de médiation et d’arbitrage (Cima) cherche à se faire connaître. Animée par des experts judiciaires et des avocats, elle se présente comme un recours pour un règlement négocié des différends. Ni juge, ni arbitre, ni conciliateur, le médiateur intervient pour une résolution amiable des conflits – participant ainsi au soulagement d’une machine judiciaire déjà en surchauffe.

Une vingtaine de médiateurs

Ils sont donc une vingtaine de médiateurs à proposer désormais leurs services, issus de la Compagnie des experts judiciaires et des barreaux d’Agen et d’Auch. Ils interviennent sur trois départements : le Lot-et-Garonne, le Gers et le Lot.

« À l’origine, la médiation répond à un souhait des acteurs judiciaires, explique François Bizieux, expert foncier et président de la Cima. On entendait souvent cette phrase : « Quel dommage que les parties en conflit ne se soient pas parlé avant d’engager des poursuites… » Il y a en effet de nombreux litiges, commerciaux, familiaux, entre voisins, etc., qui peuvent être résolus par le dialogue. D’où le recours aux médiateurs, qui sont formés, indépendants, impartiaux, déjà liés au monde judiciaire, et dont la liste est établie auprès des cours d’appel. »

Rétablir le dialogue

Si le conciliateur dispose de moins de temps à consacrer à chaque dossier avant de proposer une solution, le médiateur va davantage creuser les causes du différend, rétablir le dialogue et permettre aux « médiés » de trouver eux-mêmes une solution au conflit.

« Après avoir démêlé les problèmes quelquefois enchevêtrés qui ont abouti à la situation de blocage, la première étape de dialogue s’achève par une reconnaissance réciproque », ajoute François Bizieux.

Celle-ci pourra être résumée par ces quelques mots : « Je ne suis pas d’accord avec mon partenaire mais je sais au moins où se situe son problème et comment celui-ci a évolué. Et réciproquement… » Le rôle du médiateur sera alors d’isoler chacun des problèmes initiaux ainsi révélés pour trouver une solution adaptée à chacun d’eux. Il invitera donc chacun des partenaires à faire un effort d’imagination pour envisager toutes les hypothèses de solutions envisageables.

Le médiateur reprendra alors chacune d’entre elles avec les partenaires pour retenir celles jugées les plus adaptées à la résolution de chaque différend. Celles-ci seront affinées et consignées dans un protocole d’accord. Ce dernier restera confidentiel ; il sera toutefois communiqué au juge si la médiation a été engagée dans un cadre judiciaire. »

Des honoraires calculées selon le différend

Les médiateurs revendiquent « un coût maîtrisé », leurs honoraires dépendant de l’importance du différend, de ses enjeux financiers et du nombre de parties concernées. Des forfaits de base sont proposés.  » (Extrait de ladepeche.fr du 15/02/2018)

En savoir plus sur https://www.ladepeche.fr/article/2018/02/15/2743172-les-mediateurs-un-mode-alternatif-de-reglement-des-differends.html

Documents de la Banque Mondiale sur la médiation commerciale dans le monde en 2017


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« Les litiges font partie de la vie et n’épargnent personne. Ils sont positifs s’ils permettent de résoudre des problèmes et d’améliorer les relations, mais ils ont des effets destructeurs s’ils sont mal gérés. » — Mediation Series, Mediation Essentials, Washington, IFC/Groupe de la Banque mondiale, 2016

La médiation, c’est-à-dire la résolution de différends à l’amiable, connaît une popularité croissante dans les pays en développement, qui y voient une alternative à la fois efficace, discrète, souple et moins accusatoire à des procédures judiciaires classiques souvent longues et complexes.

Il s’agit d’une méthode communément adoptée dans la plupart des pays développés depuis plus de 40 ans. Selon le rapport Doing Business 2017, 174 économies dans le monde indiquent reconnaître les procédures volontaires de médiation ou de conciliation comme des méthodes valables de règlement des litiges contractuels, aux côtés des tribunaux. De fait, la médiation commerciale offre de nombreux avantages : outre les économies de frais judiciaires, elle permet de prévenir des procès futurs et d’éviter de véritables actions en justice, tout en apportant une solution qui repose sur l’intérêt mutuel des parties au conflit, plutôt que sur la seule application du droit.

Conflits du travail, simples désaccords contractuels entre entreprises, mais aussi litiges entre institutions financières et consommateurs ou encore négociations multipartites complexes entre créanciers et entreprises débitrices en situation d’insolvabilité : aujourd’hui, les pays en développement ont recours à la médiation pour résoudre des différends très variés. En cas de restructuration d’entreprise, par exemple, des méthodes informelles comme la médiation volontaire peuvent faciliter et optimiser le processus permettant d’aboutir à un accord, comme l’explique le Toolkit For Out-of-Court Workouts, publié par le Groupe de la Banque mondiale.

La Banque collabore depuis plusieurs années avec des pays émergents afin de les aider à incorporer la médiation commerciale dans leur système juridique, en formant les professionnels à ces techniques et en accompagnant l’élaboration de lois et de réglementations dans ce sens.


« Je suis fier que ces guides pratiques de grande qualité sur la médiation soient publiés en arabe. Il y a très peu de références disponibles dans cette langue et ces ouvrages permettront d’élargir la connaissance des médiateurs, des usagers et des politiques sur le thème de la médiation.  »
Dr. Eman Mansour
Director, Investors’ Dispute Settlement Center, GAFI, Egypt

Afin de compiler l’ensemble des connaissances acquises grâce à cette expérience, le Groupe de la Banque mondiale a publié une série de guides destinée à aider les décideurs politiques, les organisations et les professionnels à développer, dans leur pays, une culture et des pratiques de médiation dans le monde financier, juridique et de l’entreprise.

« Je suis fier que ces guides pratiques de grande qualité sur la médiation soient publiés en arabe. Il y a très peu de références disponibles dans cette langue et ces ouvrages permettront d’élargir la connaissance des médiateurs, des usagers et des politiques sur le thème de la médiation », souligne Eman Mansour, directeur du Centre de règlement des différends entre investisseurs du GAFI (General Authority for Investment) en Égypte.

La Mediation Series comporte trois guides : Mediation Essentials, Integrated Conflict Management Design Workbook et Making Mediation Law.

Comme son titre l’indique, l’ouvrage Mediation Essentials (a) (« les notions fondamentales de la médiation ») sert d’introduction aux modes alternatifs de règlement des différends. Il présente de manière détaillée comment on peut gérer les litiges commerciaux en recourant à ces méthodes et exploiter au mieux le processus de médiation, avant de se pencher sur le rôle des conseillers professionnels (comme les juristes), les principes directeurs et les règles d’éthique, ainsi que sur les documents contractuels de la médiation commerciale.

Alors que nombre d’États envisagent ou ont déjà entrepris de procéder à des réformes en faveur des processus de médiation, ils ont besoin d’orientations pour un exercice délicat qui implique une grande variété d’organes de réglementation et exige de faire preuve de souplesse afin de concilier diversité et uniformité. Or les ressources ne sont actuellement pas à la hauteur des besoins importants dans ce domaine : hormis la Loi type de la CNUDCI sur la conciliation commerciale internationale et son Guide, il n’existe guère d’autres sources d’information exhaustives. Dans Making Mediation Law (a) (« légiférer sur la médiation »), les décideurs politiques trouveront des conseils utiles pour élaborer des réformes et des lois efficaces en matière de médiation.

Cet ouvrage présente les meilleures pratiques de l’approche réglementaire et fournit aux décideurs et aux législateurs, et plus largement à l’ensemble des acteurs concernés, un guide pratique pour la mise en place d’un cadre de médiation efficace qui réponde aux besoins du système juridique en question.

Enfin, le troisième ouvrage de la série, intitulé Integrated Conflict Management Design Workbook (« concevoir des systèmes intégrés pour la gestion des différends »), traite des modalités de la mise en place d’un système de gestion des conflits et de son intégration dans une organisation, avec des études de cas pratiques.

La Mediation Series est le fruit de plus de huit années de travail du Groupe de la Banque mondiale, qui y a compilé son expérience de la mise en œuvre de réformes de la médiation commerciale dans le monde entier et, en particulier, dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. L’ensemble de ces ouvrages a bénéficié des apports des spécialistes de la Banque, ainsi que des contributions d’experts extérieurs et de professionnels de la médiation qui ont partagé leur vaste expérience de la résolution des litiges commerciaux.  » (Extrait de banquemondiale.org du 21/11/2017)

En savoir plus sur http://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2017/11/21/three-new-guides-on-commercial-mediation?cid=ECR_TT_WorldBank_FR_EXT

Afrique : La nouvelle médiation dans l’espace OHADA, pour un meilleur accès à la justice


 

Capture.PNG 12.PNG« Le 27 novembre 2017, le Conseil des Ministres de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) a adopté un 10e acte uniforme relatif à la médiation. Ce texte qui sera publié au Journal Officiel de l’organisation au plus tard le 27 janvier prochain, entrera en vigueur dans un délai de 90 jours à compter de sa publication.

Annoncé depuis 1999, l’adoption de cet acte a requis une concertation et des travaux des différentes commissions nationales OHADA, des unions monétaires de l’espace OHADA (UEMOA et CEMAC) et de la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international, cette dernière intervenant dans le cadre de l’accord de coopération qu’elle a signé le 26 octobre 2016 avec l’organisation. L’introduction de la médiation dans l’arsenal juridique de l’organisation confirme ainsi la volonté des Etats membres de promouvoir les modes alternatifs de règlements des conflits dans l’espace OHADA, et de rendre plus attractives leurs économies dont le système judiciaire non uniformisé laisse place à des divergences dans l’interprétation des textes par les juridictions nationales.

A défaut d’un système judiciaire uniformisé, le nouvel acte uniforme marque une avancée à plusieurs égards pour la justice civile et commerciale.

L’institutionnalisation des règlements amiables « traditionnels »

Selon une étude publiée par AfroBaromètre en mars 2017, après une enquête réalisée auprès de 53.935 personnes issues de 36 pays africains, 43% des personnes interrogées n’ont pas confiance en la justice, 33 % estiment que les juges sont corrompus et seulement 13% ont réglé leurs litiges devant les tribunaux durant les 5 dernières années. Quoique l’on puisse penser des résultats de cette étude, ils confirment les conditions défavorables de l’accès à la justice (frais de justice onéreux, défaut d’accès à un avocat ou aux textes juridiques) qui peuvent également s’expliquer par la prégnance des règlements amiables dits « traditionnels » moins onéreux. En effet, dans l’espace OHADA, où 57% de la population vit en zone rurale et parfois loin de toute infrastructure judiciaire ou professionnel de la justice, subsiste encore le règlement amiable des différends sous l’arbre à palabre ; les protagonistes débattant devant un jury formé par la population et un juge dont le rôle est souvent confié à une autorité traditionnelle.

Bien que certains Etats membres aient déjà eu recours à la médiation, par l’adoption d’un texte spécial ou la mise en place d’un centre de médiation, les réformateurs de l’OHADA ont souhaité donner un cadre légal uniforme à ce mode ancien de règlement amiable, afin d’améliorer les conditions d’accès à la justice dans l’espace OHADA, parmi lesquelles la possibilité d’avoir de multiples voies de recours.

La mise en œuvre simplifiée de la médiation dans l’espace OHADA

Organisé autour de 18 articles, l’acte uniforme relatif à la médiation encadre les modalités de recours à la médiation, les conditions de désignation du médiateur, et l’exécution forcée de l’accord de médiation.

L’article premier de l’acte uniforme définit de manière extensive la médiation comme « tout processus, quelle que soit son appellation, dans lequel les parties demandent à un tiers de les aider à parvenir à un règlement amiable d’un litige, d’un rapport conflictuel ou d’un désaccord (ci-après « différend ») découlant d’un rapport juridique, contractuel ou autre lié à un tel rapport, impliquant des personnes physiques ou morales, y compris des entités publiques ou des Etats ».

La médiation « ohadienne » se veut en principe accessible à tous, pour un différend commercial ou civil, indépendamment de l’existence d’une relation contractuelle et sans qu’il soit nécessaire d’attester l’existence d’un litige. Le texte énonce implicitement que la seule volonté des parties, qui souhaitent se faire « aider », constitue une condition essentielle à la mise en œuvre de la médiation, rappelant ainsi le principe de la liberté contractuelle.

Ainsi dès son entrée en vigueur, les citoyens des Etats membres, les entreprises locales ou étrangères pourront faire le choix d’une procédure simplifiée uniformisée de médiation qui devrait permettre un gain de temps considérable, quand la durée d’un procès et le délai d’obtention d’un jugement dans l’espace OHADA peuvent aller jusqu’à 1.095 jours (environ 3 ans) selon le dernier rapport Doing Business dans les Etats membres de l’OHADA 2017.

Le conseil des ministres de l’Organisation a opté pour une procédure simple qui peut être mise en œuvre par la partie la plus diligente même en l’absence de toute convention. Dans ce cas, c’est par une invitation écrite à la médiation, envoyée par tout moyen (sans précision dans l’acte uniforme), que la médiation peut s’organiser en cas d’acceptation par l’autre partie dans un délai de 15 jours à compter de la réception de l’invitation, et ce dans le respect du règlement librement choisi par les parties. Toutefois, lorsque les parties font le choix d’une médiation institutionnelle le règlement de cette institution s’impose à eux.

Afin de ne pas enfermer les parties dans la procédure de médiation, l’acte uniforme prévoit la suspension du délai de prescription.

Une fois la médiation acceptée, les parties pourront choisir librement et d’un commun accord un tiers médiateur, indépendant, impartial et libre de tout conflit d’intérêt, personne physique ou morale, sans distinction de nationalité, et/ou se faire assister dans la désignation du médiateur par une autorité de désignation. Là encore les réformateurs n’ont prévu aucune restriction sur le statut de l’« autorité de désignation ». Ils précisent seulement qu’il peut s’agir « d’un centre ou d’une institution offrant des services de médiation », tels, par exemple et de façon non exhaustive, le centre d’arbitrage, de médiation et de conciliation de Ouagadougou ou le centre de conciliation et d’arbitrage du Mali. Il peut donc s’agir de centres de médiation situés dans un Etat non membre de l’OHADA. On peut dès lors y voir un nouveau marché où les professionnels du droit se trouveront en concurrence avec d’autres professions.

Le médiateur n’est pas juge, il a pour rôle d’aider les parties, assistées ou non de leur avocat, à trouver une solution à leur différend conforme à l’ordre public à partir des échanges et informations recueillies, sans leur imposer sa solution. Les informations communiquées lors de la procédure de médiation sont confidentielles et ne peuvent être divulguées que dans les cas limitativement énumérés par les articles 10 et 11 de l’acte uniforme relatif à la médiation.

Après divers échanges et réception du rapport d’expertise recommandé, le cas échéant, par le médiateur, la médiation prend fin dans le meilleur des cas par un accord écrit signé par toutes les parties et par le médiateur si les parties le souhaitent. Cet accord aura valeur de la chose convenue, c’est-à-dire qu’elle ne produira d’effets qu’entre les parties comme un nouveau contrat qui les obligent.

Afin de garantir l’exécution forcée de l’accord de médiation et de lui conférer autorité de la chose transigée, les parties auront le choix entre le dépôt au rang des minutes d’un notaire pour authentification des signatures et délivrance d’une copie exécutoire, ou une requête aux fins d’homologation de l’accord ou d’exequatur de la juridiction compétente. L’ordonnance d’homologation est rendue, après vérification de l’authenticité de l’accord et de sa conformité à l’ordre public, dans un délai de 15 jours ouvrables ; à défaut, l’homologation est réputée acquise.

S’il est appréciable que le texte limite le rôle de la juridiction saisie, il s’abstient d’apporter des précisions sur « l’ordre public ». L’interprétation de la notion d’ordre public se fera à la seule discrétion des juridictions nationales saisies, qui nous l’espérons, sauront regagner la confiance des citoyens et des acteurs économiques.

Enfin, notons que selon l’article 16 de l’acte uniforme les parties disposent de deux recours : un recours contre l’acte d’homologation ou d’exequatur devant la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) si l’une des parties estime que l’accord de médiation n’est pas conforme à l’ordre public et un pourvoi devant la CCJA en cas de refus d’homologation ou d’exequatur.

Une fois de plus, l’OHADA innove dans sa volonté d’améliorer l’environnement des affaires dans ses Etats-membres

La médiation est introduite quelques années après qu’elle a fait ses preuves dans l’amélioration de l’accès à la justice en France notamment et dans certains Etats-membres. De plus, grâce à une procédure simplifiée, la médiation devrait être prisée et accessible à tous. Il faut toutefois espérer, grâce à la formation de professionnels locaux et la multiplication des centres de médiation, que la médiation ne soit pas rejetée au motif qu’elle serait trop onéreuse. Les frais de médiation incluent souvent un droit d’ouverture du dossier de médiation dans les centres déjà en place dans l’espace OHADA (de l’ordre de 50.000 FCFA soit environ 75 €) les frais administratifs et les honoraires du médiateur. A ces frais, devront être ajoutés les honoraires des notaires ou frais d’homologation/d’exequatur, le cas échéant.

Gageons toutefois, que les Etats-membres se donneront les moyens de faire de la médiation un outil efficace dans l’amélioration des conditions d’accès à la justice et à l’environnement des affaires dans l’espace OHADA. Il pourrait s’agir de campagnes de sensibilisation en association avec les professionnels du droit, d’un contrôle à minima des frais de médiation afin qu’il reste accessible à tous ou encore de sessions de formations. Le la est donné à l’instar des formations dispensées à l’Ecole Régionale Supérieure de la Magistrature (ERSUMA) de l’OHADA. » – La tribune Afrique – (Extrait de ohada.com/actualite du 16/01/2018)

En savoir plus sur http://www.ohada.com/actualite/3957/la-nouvelle-mediation-dans-l-espace-ohada-pour-un-meilleur-acces-a-la-justice.html

Burkina-Faso : Journées nationales de la médiation du 9 au 11 janvier 2018.


« Un différend peut surgir à tout moment dans le milieu des affaires, comme dans bien d’autres secteurs. Le règlement apaisé s’impose en solution idéale pour les parties prenantes au litige. Et ce règlement doit tenir compte des circonstances de la mésentente, mais également de la préservation des intérêts des parties tout en sauvegardant leurs relations d’affaires. Ce mode amiable est aussi appelé médiation commerciale. Le thème réunit, à Ouagadougou du 9 au 11 janvier 2018, des professionnels favorables à l’amélioration du climat des affaires.

La médiation commerciale se veut une justice à part entière, une justice des opérateurs économiques. Des journées nationales lui sont dédiées en Afrique. Leur objectif premier est d’améliorer le climat des affaires notamment dans l’espace UEMOA.

Au cours des Journées nationales de la médiation et des contrats internationaux, des ateliers sont animés autour des standards internationaux, de la rédaction des contrats commerciaux, des mécanismes de paiement internationaux ainsi que des modes alternatifs de règlement des conflits.

La culture de la médiation commerciale, c’est l’évènement qui fait le joli cœur à Ouagadougou. Après le Niger et le Bénin en 2017, le Burkina Faso accueille en effet les Journées nationales de la médiation du 9 au 11 janvier 2018. L’évènement regroupe des responsables de petites et moyennes entreprises, des travailleurs du secteur public et du privé et des experts de la médiation.

Bintou Boli/Djibo est Négociateur international au Centre d’arbitrage, de médiation et de conciliation de Ouagadougou (CAMC-O). Elle est par ailleurs Présidente de l’Association des centres africains d’arbitrage et de médiation (ACAM). Pour elle, tout opérateur économique peut se fier à la médiation qui est gérée au Centre CAMC-O.

« L’arbitrage est un mode juridictionnel. La médiation est un mode amiable. Le législateur OHADA (Ndlr : Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires) a pris un acte spécifique sur la médiation commerciale pour donner un signal fort aux opérateurs économiques. Au CAMC-0, les médiateurs hautement formés accompagnent les parties en litige pour les aider à aller vers une solution », a-t-elle expliqué.

Plusieurs dossiers d’affaires d’ordre contractuel sont traités dans ce centre de médiation. Selon Bintou Boli, le CAMC-O, à travers ses activités, a pu jusque-là sensibiliser plus de 2.000 entreprises.

« Chaque fois qu’un contrat est bien rédigé, s’il y a un litige, il sera également bien réglé. Mais le contraire entraîne toujours des difficultés. Etant donné que le Burkina Faso évolue dans la mondialisation, il est de bon ton que ses spécialistes soient mieux outillés en termes de contrats suivant les normes internationales », a souligné l’experte internationale.

Le formateur principal, Pr Hugues Kenfack communiquera sur les différents types de contrats et la gestion des contentieux du commerce international. Les organisateurs des journées nationales de la médiation ont annoncé la tenue prochaine d’un atelier de certification des futurs médiateurs à Ouagadougou.

Il faut noter que l’organisation de ce séminaire de trois jours est le fruit d’une collaboration entre divers partenaires dont la Commission de l’UEMOA, l’ACAM, la Chambre de médiation et d’arbitrage de Ouagadougou (CMAC-O), la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina, le Centre du commerce international (ITC).

Ces journées de réflexion s’inscrivent dans le cadre du projet d’appui à la compétitivité du commerce et à l’intégration régionale (PACCIR) dans l’espace UEMOA. Le projet est financé à hauteur de trois millions d’euros par l’Union européenne. » – N. KINDO – (Extrait de lesaffairesbf.com du 09/01/2018)

En savoir plus sur http://lesaffairesbf.com/2018/01/09/entreprises-ils-meditent-sur-la-mediation-commerciale-a-ouaga/

Bâtiment : La médiation sacralisée dans la nouvelle norme NF P 03-001.


« La norme NF P 03-001 vient d’être réécrite, dix-sept ans après sa dernière édition. Elle tient compte, entre autres, des évolutions législatives et jurisprudentielles. Cette nouvelle version sacralise le recours à la médiation en préambule à toute action en justice.

La nouvelle norme Afnor NF P 03-001 a été publiée le 20 octobre dernier. Elle remplace la norme de décembre 2000, légèrement retouchée en novembre 2009.

La nouvelle norme consacre deux articles à la médiation :

  • 9.1.2 « Prix du marché » : en cas de refus des renégociations des conditions du contrat, les parties conviennent de recourir à la médiation préalablement à toute action en justice ou arbitrage…
  • 21.2 « Règlement des contestations » :

 » Les différends relatifs à la validité, à l’interprétation, l’exécution, l’inexécution ou la résiliation du marché, seront soumis, préalablement à toute action en justice, à une médiation ou conciliation.

Le professionnel contractant avec un particulier a l’obligation de prévoir dans les documents du marché une clause permettant au consommateur de recourir à un médiateur de la consommation dont il donne les coordonnées.

Lorsque le litige n’a pas pu trouver de solution amiable, si les parties ne sont pas convenues d’une procédure d’arbitrage, il est porté devant la juridiction du lieu d’exécution de la prestation. »

Déjà très utilisée, dans bon nombre de domaines comme le transport ou l’assurance, la médiation fait son entrée par la grande porte dans le domaine du bâtiment.

Rappelons que l’expert de justice n’a pas fonction à concilier les parties et que le métier de médiateur ne s’improvise pas. Toutefois, la médiation dans le domaine du bâtiment nécessite des compétences techniques ou au recours de l’expert comme sapiteur du médiateur profane. » (Extrait leblogdesexperts 6/10/2017)

En savoir plus sur https://leblogdesexperts.wordpress.com/2017/12/06/la-mediation-sacralisee-dans-la-nouvelle-norme-nf-p-03-001/

Conflit franchiseur / franchisé : la médiation s’impose comme une solution intelligente et rapide


« Serge Méresse, associé-fondateur du cabinet BMGM, est un spécialiste reconnu de la défense des franchisés, affiliés et mandataires. Dans cette tribune libre il met en avant les atouts de la médiation dans le cadre de la résolution d’un conflit entre franchiseur et franchisé.

Serge Méresse, avocat défense franchisésLa franchise met en œuvre des mécanismes qui interagissent entre un franchiseur, un franchisé et un réseau. Les intérêts personnels et les intérêts communs s’y heurtent souvent et c’est là que naissent les conflits. Pour les résoudre, il n’existe que trois voies : la conciliation, la médiation et le contentieux.

Les avantages de la médiation dans le réglement de conflits entre franchiseurs et franchisés

La conciliation a pour limite le rapport de force dont bénéficie le franchiseur et le contentieux est long, couteux et aléatoire.

La médiation a pour avantage d’être rapideconfidentiellepeu onéreuse et elle laisse aux parties la possibilité de trouver elles-mêmes leurs solutions avec l’aide du médiateur qui a leur confiance parce qu’il est indépendant, neutre et impartial dans l’exécution de sa mission.

La médiation est organisée par la loi et elle repose sur la libre volonté de chacune des parties d’y participer.

Comme avocat, j’ai souvent constaté qu’une solution plus intelligente et plus rapide que le procès aurait pu être trouvée si chacun avait fait preuve de plus de raison pour chercher ensemble une solution adaptée à leurs besoins réels.

La médiation : quel cadre juridique ?

La médiation est définie par l’article 1530 du code de procédure civile comme un «processus structuré par lequel deux ou plusieurs parties tentent de parvenir à un accord, en dehors de toute procédure judiciaire en vue de la résolution amiable de leurs différends, avec l’aide d’un tiers choisi par elles qui accomplit sa mission avec impartialité, compétence et diligences ».

Le « médiateur n’est ni un juge, ni un arbitre, ni un expert mais plutôt un ‘catalyseur’ dont l’objectif est de faciliter les négociations entre les parties afin de les aider à trouver elles-mêmes une solution à leur différend » comme le précise le CMAP.

La procédure doit respecter des règles dont la confidentialité qui est absolue. Elle est organisée soit par le médiateur, soit par un organisme spécialisé comme le CMAP qui désigne le médiateur. Les couts sont négociés avec le médiateur ou sont fixés selon le barème de l’organisme. La durée de la médiation est variable selon les parties ou la nature du dossier mais en général elle ne dépasse pas trois mois.

La médiation peut être demandé par toute personne qui le souhaite ou elle peut être proposée par le juge ou imposée par le contrat s’il prévoit cette procédure.

Si la médiation aboutit à un accord les parties signent une transaction qui met un terme définitif à leur différend et qui a l’autorité de la chose jugée. En cas d’échec elles poursuivront leur procès car leurs droits contentieux sont préservés.

Que peut-on attendre de la médiation dans la franchise ?

Les sujets de désaccords ne manquent pas dans la vie d’une franchise. La jurisprudence rendue depuis une quarantaine d’année en témoigne. Le rapport de force du franchiseur, le déséquilibre des relations et la gestion très verticale des réseaux rendent ledialogue souvent difficile par manque de concertation, par peur de l’autre ou par manque d’imagination.

La médiation permet de « déplacer » le conflit et de créer un espace confidentiel dans lequel le médiateur cherchera à aider les parties à trouver leur propre solution.

La force du processus de médiation donne à chacun les moyens de dépasser ses blocages et d’imaginer un champ de solutions ouvert à l’imagination de chacun à condition que ces solutions soient légales. Elle favorise le cheminement des parties dans larecherche d’une solution dans un esprit positif.

Et si l’une des parties décide de mettre fin à la médiation, étant précisé qu’elle n’est pas obligée de se justifier, la procédure prendra fin sans que cela ait de conséquences sur les droits contentieux de l’une ou de l’autre. Et c’est le juge qui tranchera ensuite le litige s’il en est saisi.

La médiation est un mode alternatif de règlement des conflits qu’il est raisonnable de proposer dès les premières tensions entre un franchisé et un franchiseur, étant précisé que la souplesse du processus permet aussi de la proposer au cours de la procédure judiciaire, voire après. » (Extrait de toute-la-franchise.com du 29/12/2017)

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